LE FETICHISME DU SEPPUKU ?

Il existe au Japon des films de seppuku qui sont tournés comme des films érotiques, avec de longs ralentis sur les frissons d’extase et les spasmes orgasmiques des femmes qui se coupent le ventre en deux… ou qui font semblant du moins.

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Sur la scène de la Sadistic Circus, une des soirées fétichistes les plus célèbres de Tokyo, une artiste en kimono blanc vient régulièrement accomplir le même rituel: elle fait semblant de s’ouvrir le ventre à l’aide d’un sabre court. Elle s’appelle Hiromi Saotome. C’est elle qui a lancé les premiers shows de seppuku (hara-kiri) érotiques. A demi-nue sur scène, ses longs cheveux dénoués, le corps frissonant, elle pose la pointe métallique de la lame sur son aine et presse, d’un coup violent. Un jet de sang artificiel jaillit tandis que le public tressaille. Personne n’est dupe du trucage. Hiromi Saotome n’essaye d’ailleurs absolument pas de jouer sur les effets spéciaux: aucun intestin ne sort de son abdomen tandis qu’elle fait semblant de plonger l’acier à travers ses intestins… «Toute la force de ce spectacle réside non pas dans le gore, mais au contraire dans l’idéalisation de la mort, explique-t-elle. Il faut que les spectateurs soient émus par la beauté d’une femme qui agonise: les yeux renversés, la bouche entrouverte, les cuisses agitées de spasmes, les seins dressés… Les spectacles de hara-kiri doivent ressembler au dépucelage d’une jeune femme qui confie son corps adorable au néant, comme si la mort était son amant.»
Il existe de nombreuses cassettes de hara-kiri dans les réseaux spécialisés et les sex-shops SM. La maison de production la plus connue du genre s’appelleFuji-Kikaku («Projet Fuji»), du nom d’Akio Fuji, célèbre metteur en scène de films de hara-kiri. «Certains achètent mes films pour être tristes, explique-t-il. Certains pour voir le sang des femmes. Certains pour s’enivrer d’un spectacle à la beauté bouleversante. Mais aucun ne le fait par envie de mourir. J’en suis sûr.» Pour Akio Fuji, il n’y a rien de morbide à voir une jeune beauté se «faire hara-kiri». Pour lui, il ne s’agit pas d’un suicide, mais d’une cérémonie théâtrale romantique… Elles meurent comme on jouit, avec des râles troublants, la nuque inondée de sueur, les lèvres luisantes et les joues roses… Quand on lui demande en quoi c’est excitant, Akio Fuji répond : «Nous aimons tous pleurer devant une scène pathéthique, tragique. C’est comme le spectacle des cerisiers en fleur, quand les pétales se dispersent, emportées par le vent et qu’elle vous laissent l’impression profonde que tout, dans ce monde, est promis à la mort, que rien ne dure. La beauté est fugace.»
Le dernier Seppuku au Japon date du 25 novembre 1970: ce jour-là, Mishima fit scandale en se donnant spectaculairement la mort, après avoir invité, sans succès, les Japonais à le suivre. Il souhaitait restaurer le statut divin de l’Empereur et surtout réhabiliter l’esprit d’un Japon débilité par l’hédonisme, pollué par «la paix des esclaves». De nombreux livres sortent actuellement pour fêter le quarantième anniversaire de sa mort, l’occasion pour de nombreux intellectuels de se pencher sur le «mystère» de ce suicide que rien, a priori, ne justifiait: Mishima était en parfaite santé, au sommet de la gloire, beau, jeune, idolatré. Pourquoi s’est-il donné la mort? Pour Takeshi Inoue, un des plus grands spécialistes actuels de Mishima, il faut voir une forme de romantisme noir dans cette mort sanglante. «Avant l’arrivée des occidentaux, nous ne connaissions pas la notion d’amour pur telle que vous l’avez mise au point sous l’influence du christianisme, explique-t-il. Nous connaissions seulement le «Koi», une forme d’amour impure, en ce sens qu’elle est brève, fugace, et mobile autant que les sentiments humains. Rien ne dure en ce monde. Les problèmes d’argent, les états d’âme, les choses de la vie quotidienne, tout cela a une influence sur le cœur humain. Et dans notre tradition des shinju (les double-suicide amoureux), il y a toujours eu une part de cette impureté, parce qu’ils sont commis quand la situation est désespérée, quand l’enchaînement des choses rend la mort inévitable. Traditionnellement, les suicides japonais sont le résultat d’un engrenage fatal. Aucune autre issue que la mort. Mishima, en se suicidant avec Morita, son «frère d’arme», est le premier Japonais à se tuer par pur idéalisme, de façon parfaitement lucide. Il ne l’a pas fait parce que l’honneur le dictait. Il ne l’a pas fait parce qu’il n’avait pas le choix. Il l’a fait parce qu’il l’avait décidé, voulu, préparé, répété. Cela faisait un an que lui et Morita savaient qu’ils mouraient. Ce qui fait d’eux les premiers héros d’un «amour pur de la mort».
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Il faut revoir le plus célèbre film de seppuku pour comprendre cet idéal quasi-esthétique de l’éventration mis au point par Mishima: en 1965, il réalise un court-métrage intitulé Rites d’amour et de mort à la beauté sublime, sur une scène de théâtre no entièrement tendue de blanc (couleur du deuil au Japon). Ce film muet, inspiré de la nouvelle Yûkoku —Patriotisme—, qui relate le suicide rituel d’un officier et de sa femme accompli lors d’une révolte militaire en 1936, repose sur des faits authentiques. Aucun dialogue. Des intertitres écrits à la main décrivent l’action, réduite à l’épure. L’officier fait l’amour à sa femme. Ils écrivent leur dernière lettre, en guise de testament. Puis il s’éventre et sa femme s’égorge, chacun à tour de rôle, lentement, tandis que résonnent les accords lyriques de Liebestod («l’amour à mort», «l’amour de la mort»), extrait final de l’opéra de Wagner, Tristan et Yseult. Après la mort de Mishima, ce film à l’érotisme somptueux devient interdit. Les pellicules sont détruites sur ordre le Yoko, sa femme. Certains festivals en diffusent des mauvaises copies à la sauvette, sous le titre «film surprise» mais les négatifs semblent perdus à jamais. De façon miraculeuse, l’original est pourtant retrouvé dans un pot de thé. Ce film que tout le monde a cru perdu pendant 40 ans, est finalement réédité en DVD par les Editions Montparnasse en 2008 après la mort de Yoko. C’est le plus beau de tous les films érotiques de suicide. Et probablement celui qui permet le mieux de comprendre pourquoi Mishima s’est donné la mort. Il serait exagéré de dire que cela le faisait bander. Mais son tempérament suicidaire trouvait probablement dans ce rite codifié, hérité du bushido (la voie des guerriers), une forme d’accomplissement surhumain. Et finalement très proche de notre conception occidentale de l’amour: un anéantissement extatique.

Le Japon est-il un des pays les plus suicidaire du monde ?
Le taux de suicide au Japon est d’environ 24 personne sur 100 000 (16 en France), ce qui le place au 8ème rang derrière la Lituanie, la Biolorussie, la Russie, le Kazakhstan, la Slovénie, la Hongrie et la Lettonie. Depuis 1997, pour des raisons essentiellement économiques, le nombre de suicide dépasse les 30 000 Japonais par an. (Source : Wikipedia)

Quelle est la différence entre hara-kiri et seppuku ?
Il n’y en a pas. Le mot hara-kiri est juste moins raffiné que le mot seppuku, mais ils sont tous les deux écrits avec les mêmes kanji (idéogrammes d’origine chinoise). Le mot seppuku est une contraction de l’expression Kanji setsu (couper) et fuku (abdomen), qui sont prononcés de façon diffférente quand ils sont renversés dans le mot hara (ventre) kiri (couper).
Agnes Giard, les 400culs, liberation.fr

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