POURQUOI CERTAINS COUPLES ACCEPTENT ILS L'INFIDELITE ?


Un ou plusieurs coups de canif dans le contrat ? Pas suffisant, selon certains, pour remettre sérieusement en question une relation amoureuse. Alors que la fidélité reste une valeur centrale pour 84 % des Français, comment fonctionnent ceux qui se refusent à jeter la pierre à un(e) partenaire adultère ? Témoignages.

« Si je découvre que mon conjoint vote pour l’extrême droite, je le fous dehors. Pas s’il me trompe. » Lucile, 30 ans, mariée à Thomas, avec lequel elle a deux enfants, en est convaincue : l'adultère n’est pas un motif valable pour remettre son couple en question. Il y a des choses autrement plus importantes, comme l’éducation des enfants ou la « convergence des idées ». Le terme même d’« infidélité » la gêne, car elle le juge « trop subjectif ». La jeune femme fait la distinction entre les types d’écarts. « Avoir une double vie, mettre enceinte une autre femme, c’est tromper. Mais on ne peut pas vraiment en vouloir à l’autre d’avoir embrassé ou couché avec quelqu’un qui lui plaît vraiment », estime-t-elle.
Elle qui tient un courrier du cœur en ligne considère que reprocher une aventure à son partenaire peut se révéler injuste, car personne n’est à l’abri d’un « désir furtif », d’un « coup de cœur » ou de ce qu’elle appelle aussi un « moment de cinéma ». « Quand tu passes des années avec quelqu’un, ce n’est pas pour autant que tu as des droits sur lui, explique-t-elle. Tu ne peux pas exiger de ton conjoint qu’il ne fasse aucun écart, qu’il ne boive jamais un peu trop ou qu’il n’ait jamais un regard pour quelqu’un d’autre. » Pour la trentenaire, avoir conscience de cela ne revient pas à laisser la porte ouverte à tous les libertinages.

"On sait juste qu'on est libres"

C’est même presque le contraire : « Je ne m'interdis rien et il ne se passe pas grand chose. Au final, la seule personne avec laquelle j’ai envie de me retrouver le soir, avec laquelle j'ai envie de faire l’amour et que je n’imagine pas quitter, c’est mon mari. S’il m’explique qu’une fille l’a vraiment touché, si cela arrive une fois ou deux, je ne vais pas piquer une crise pour autant. » Elle est d’ailleurs d'accord pour en discuter ouvertement, afin de réfléchir ensemble aux raisons d’une relation extraconjugale et à son impact potentiel sur le couple. Pour le moment, Thomas n’a pas couché avec une autre femme, mais il a entretenu une « relation virtuelle » avec une femme rencontrée sur Internet, relation que Lucile a découverte par hasard. Plus que la relation en elle-même, c'est le fait qu'il ne lui ait « pas fait assez confiance » pour lui en parler qu'elle a eu du mal à digérer. De son côté, Lucile a eu une aventure, qui s’est même transformée en relation amoureuse l’espace de quelques mois.
Thomas explique qu’elle a pris le temps de lui demander ce qu’il en pensait. « Je me suis détendu et ça s’est bien passé », assure-t-il. « Cela ne veut absolument pas dire que nous passons notre temps à nous demander avec qui nous pourrions coucher. Nous savons juste que nous sommes libres. » Depuis, le mot d’ordre du couple est de « se dire si on désire quelqu’un d’autre et d'ouvrir la discussion ».

Renégocier la norme dans l'intimité du couple

Sont-ils nombreux les Français à estimer que la fidélité n’est pas la pierre angulaire du couple ? Si les études commandées par les multiples sites de rencontres laissent entendre que l’infidélité a le vent en poupe, les sociologues sont là pour les contredire. Dans l’enquête de référence « Contexte de la sexualité en France », menée en 2006 par l'Inserm et l'Ined et dirigée par Nathalie Bajos et Michel Bozon, on découvre que l’infidélité ne s’est pas tant banalisée que cela. Cette année-là, 1,7 % des femmes et 3,6 % des hommes déclaraient avoir eu un autre partenaire que leur conjoint dans les douze derniers mois. En 1992, elles étaient 3 % et les hommes 6 % à l'admettre. La fidélité resterait même une valeur centrale pour une large majorité des Français, selon l’enquête « Valeurs » de l’Association pour la recherche sur les systèmes de valeurs (Arval). En 2008, 84 % des Français interrogés estimaient que la fidélité était très importante pour qu'un mariage soit réussi. En 2008, ils étaient même plus nombreux qu’en 1981 (on le voit clairement sur cette carte, dans la partie « famille ») à toujours trouver injustifié que des femmes et des hommes mariés aient une aventure avec quelqu'un d’autre. Ce qui n'a pas empêché Michel Bozon de déclarer, à l'époque, que « l'exigence de fidélité, ou la condamnation de l'adultère, ne correspond plus à un principe absolu » chez les couples hétérosexuels. Et d'évoquer de nouvelles formes de contrats tacites négociés au fil de la relation et des éventuels épisodes d'infidélité. Car dans l'intimité du couple, on renégocie la norme. 
Comment se construisent les couples pour lesquels l'adultère n’est pas le mal du siècle ? La docteure en sociologie Charlotte Le Van, auteure de l'enquête Les quatre visages de l'infidélité en France (1), apporte quelques éléments de réponse. Dans son étude, elle brosse une typologie de l'infidélité, dans laquelle elle prend soin de distinguer infidélité « relationnelle », qui découle d'une insatisfaction conjugale, et infidélité  « personnelle », à rattacher à la personnalité ou au parcours de vie de la personne. Parmi les sous-catégories dépeintes, elle parle de l'infidélité « expérience », pratiquée plutôt chez les jeunes couples qui déclarent que cela ne constitue pas un motif de rupture, de l'infidélité « chronique » ou encore de celle « par principe », qui concerne les personnes revendiquant rechercher des aventures tout en désirant une relation de couple durable. 

"On n'est pas propriétaire du corps de l'autre"

C’est le cas de Marie, journaliste, « trompée et trompeuse » assumée. Pour elle, le rapport à la fidélité est question de confiance en soi et d’acceptation de l’autre. « Quand j’aime, je ne veux pas être infantilisante avec mon partenaire ; ce qui vaut pour lui vaut pour moi. On ne peut pas mettre en péril toute une relation pour cela. D'autant qu'avec les réseaux sociaux, il y a deux fois plus de tentations », avance-t-elle. Quand l'infidélité vient de l'autre, autant l’accepter car « on n’est pas propriétaire de son corps ». La jeune femme dit avoir été très amoureuse d'hommes infidèles. « Je préfère un homme infidèle qui soit satisfaisant sur plusieurs plans plutôt que fidèle et pas satisfaisant », s'amuse-t-elle. 
Léa, étudiante, va encore plus loin : elle sait que son compagnon la trompe régulièrement, mais le tolère pour le moment. « Ce n'est pas parce qu'il va voir à droite et à gauche que ça change quelque chose entre nous. Tant qu'il est disponible et présent pour moi... Je le laisse faire parce que j’estime qu’il a droit d’avoir sa liberté et je m’en donnerais aussi le droit si jamais l'occasion se présentait. » La jeune femme dit vouloir dédramatiser des relations purement physiques, estimant qu'elles ne concurrencent pas ce qu'elle construit avec l'homme qui partage son quotidien. « Je ne suis pas malheureuse, au contraire, soutient-elle. Il manque de confiance en lui et m'a expliqué qu'il avait besoin de ça avant de se poser pour de bon. J'estime qu'il s'agit d'une phase. »
Le psychosociologue Gilles Azzopardi, auteur de Indifélités et Manipulations (2), est plus circonspect. Selon lui, on ne peut rester totalement indifférent à l'infidélité, car même en n'étant pas dans l'appropriation de l'autre, il reste toujours une part d'exclusivité recherchée. « En réalité, tout dépend de la forme d'attachement que l'on a pour l'autre. Il y a l'attachement secure, dans le cas où on a reçu suffisamment d'amour au cours de sa vie et dans lequel l'infidélité n'est pas un drame affreux, et il y a un autre type d'attachement, très insecure, où on ne peut même pas imaginer l'infidélité. Enfin, le troisième type est celui où l'infidélité est plus poussée et où l'on passe même des accords. » Mais dans tous les cas, le désir de fidélité reste globalement « capital » pour la construction du couple, estime le psychologue.

Y mettre les formes

Certaines personnes acceptent pourtant d'être trompées tout en demandant à ce que l'infidèle y mette les « formes », pour que cela ne soit pas vécu comme une humiliation. Pour Pierre, trentenaire marié, pas question que l’entourage soit au courant ou que cela soit trop régulier. Pour lui, l'infidélité peut avoir lieu à condition de séparer contact physique et sentiments. « Je m'en fous un peu, mais il faut que ce soit fait dans les règles », s'amuse-t-il. L'illusion de la fidélité à toute épreuve ne lui convient pas. « Le "si tu me trompes, je te quitte", ça ressemble au début d'un soap opera pourri.» 
Le psychiatre, psychanalyste et thérapeute du couple Robert Neuburger (3) est plutôt d'accord sur le fond. Selon lui, on ne saurait poser la fidélité comme une règle rigide qui préside à la destinée du couple, car celle-ci est avant toute chose le produit du fonctionnement d’un couple, le résultat d'une construction à deux. « Dans les années 1970, le mot clé était "liberté". Puis la fidélité est devenue une valeur, ce qui est, à mon avis, un problème, estime-t-il. Avec la fidélité érigée comme mythe, au moindre écart, le couple s'effondre. » « D'un autre côté, poser un a priori de liberté sexuelle est tout aussi périlleux », nuance-t-il. Pour ce professionnel, les partenaires se laissant une certaine liberté sont aussi des couples « exigeants », car cette façon d'évoluer à deux nécessite « beaucoup d'amour ». Le coup de canif dans le contrat amoureux peut aussi être traumatisant pour les plus décomplexés, et « les couples pour lesquels la fidélité n'est pas forcément une valeur fondamentale en ont d’autres, comme la solidarité ou la confiance, conclut-il. Après tout, il y a d’autres fidélités que la fidélité sexuelle. »
(1) Les quatre visages de l'infidélité en France. Une enquête sociologique, de Charlotte Le Van, Éd. Payot, 304 p., 21 €.
(2) Indifélités et Manipulations, de Gilles Azzopardi, Éd. First, 14,95 €.
(3) Le couple. Le désirable et le périlleux, de Robert Neuburger, 144 p., 13,50 €.

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