JE VIS AVEC UN PASSIONNE

Leur passion est souvent envahissante ; leurs absences, fréquentes. Si la vie aux côtés d’un passionné ne manque généralement pas de piquant, elle peut aussi parfois devenir pesante. Les conseils de nos experts pour trouver le bon équilibre.
Margaux Rambert

Vivre avec un passionné



Il y a les férus de musique ; les accros au foot ; les fous de voitures ; les toqués de littérature, d’arts ou de sciences ; les amoureux de cuisine ou de bricolage, les addicts aux jeux vidéos… Leur point commun ? Une passion souvent débordante. Et qui ne manque pas d’avoir un impact sur leur partenaire et leur vie de couple.
Louis, 26 ans, vit par exemple avec une mordue de chevaux. « Vivre avec quelqu'un de passionné, c’est accepter de vivre soi-même avec une partie de cette passion. Ma compagne passe ses weekends et plusieurs soirs dans la semaine à s’occuper de son cheval, à le soigner, à le monter. Et surtout, il ne se passe un jour sans qu’elle ne se préoccupe de lui. Difficile de ne pas se retrouver impliqué ! ». Passion rime en effet souvent avec omniprésence.
Pour autant, tient à rappeler d’emblée la psychothérapeute Dominique Contardo-Jacquelin, la passion de l’un n’est pas par essence destructrice pour un couple. « Tout est question de dosage. C’est lui qui fera la fécondité ou, au contraire, la toxicité de la chose ».

Une passion souvent envahissante

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Anna, 31 ans, partage la vie d’un professeur de volley, qui consacre tous les soirs de la semaine, en plus du week-end, à sa passion. « Sans oublier les appels de ses amis joueurs, de ses élèves ou des parents de ceux-ci, entre 8 heures et minuit, chaque jour… ». Il est vrai qu’une passion se révèle souvent envahissante. Chronophage. Le risque ? « Qu’elle s’immisce complètement dans l’espace partagé par les membres du couple, analyse Dominique Contardo-Jacquelin. Là, le quotidien devient pénible à vivre, l’autre finit par ne plus exister, et le couple non plus, finalement. Mais si elle reste mesurée, bien gérée, il reste alors un espace entre les membres du couple, qui est alimenté, joyeux, qui fonctionne ».

Rester à l’écart ?


On pense souvent que, pour durer, un couple doit partager la ou les même(s) passion(s). Faux, selon la psychothérapeute : on peut même choisir de rester un peu à l’écart de la passion de l’autre. « Rien n’empêche de dire, mais attention, sans aucun mépris : « Je me réjouis du plaisir que tu prends dans ta passion mais moi, elle ne m’intéresse pas. Tu devrais en profiter, tandis que, de mon côté, je vais m’investir dans des choses qui me nourrissent. » Chacun peut ainsi cultiver sa passion, et au milieu, le couple peut développer, inventer des activités communes, un autre espace de rencontre ».

Manifester un minimum d’intérêt

La clé ? Manifester quand même un minimum d’intérêt pour la passion de l’autre. Comme Anna, qui assiste à quelques matches de volley et prend ponctuellement part à des repas entre sportifs, « pour partager un peu de ce qui prend tant de temps à mon compagnon, tout en lui laissant une certaine liberté, car il s’agit de son activité à lui. » Pas question pour elle de devenir passionnée à son tour !
« Accepter la passion de l’autre ne veut pas dire passer son temps à la vivre », explique la psychiatre Stéphanie Hahusseau. Sinon, on s’oublie, on perd sa personnalité. » Pour elle, le véritable enjeu, réside d’ailleurs davantage dans « la communication autour de la passion, plus que dans le temps passé à la vivre ensemble ».

Fixer ses propres limites


Ainsi, Olivia, la cinquantaine, mariée depuis vingt-cinq ans à un passionné d’architecture, a-t-elle décidé de boycotter les dîners entre architectes. « Ces éternelles discussions sur l’architecture sont parfois pesantes ! Entre eux, ils ne parlent que de cela. Ca m’épuise, je finis par ne plus y aller ». Face aux conversations - redondantes - autour de la passion, face aussi aux soirées à passer au milieu d’autres passionnés, à chacun de fixer ses propres limites. Et il n’existe évidemment pas de règles, en la matière. Ou peut-être une seule : s’écouter.

Fixer un cadre

« Je trouve formidable d’avoir une passion, témoigne Olivia. Aussi, je ne me sens pas le droit de contrarier celle de mon mari. » Mais cette mère de deux enfants a quand même fixé une heure de dîner. « S’il n’est pas là à 21 heures, nous commençons sans lui ». Faut-il donc, face à un passionné, instituer une sorte de cadre ? Oui, répond Dominique Contardo-Jacquelin. « D’autant que par nature, une passion explose les limites. Mais en fixer n’est d’ailleurs pas uniquement propre à la passion. Dans un couple, il y a toujours a priori un consensus : en ce qui concerne l’activité sexuelle, l’éducation des enfants, le partage des tâches ménagères, de l’argent… »
Stéphanie Hahusseau, elle, conseille d’ailleurs de rechercher des compromis très spécifiques. « Demander à l’autre de consacrer moins de temps à sa passion, c’est trop vague. Et ne sera jamais suivi de réussite. Il vaut mieux lui dire que tel ou tel moment doit être réservé au couple ». Une soirée en particulier dans la semaine ou une partie du week-end par exemple.

Tirer parti des absences

Et c’est bien la principale difficulté de la vie aux côtés d’un passionné : les nombreuses absences. Soirées, week-ends en solo ou seul(e) avec les enfants… « Elle est loin, mon image du couple installé et affirmé, déplore Anna. Les plateaux repas devant la télé ou les soirées où je me rends seule sont parfois difficiles à vivre. Mes amis l’appellent le fantôme ».
Quel conjoint de passionné n’a jamais passé une soirée, un week-end, à ruminer en l’absence de l’autre ? Et ne l’a pas accablé de reproches à son retour ? Mais on peut aussi décider de tirer parti des absences, en en faisant, par exemple, des moments pour soi, une bonne occasion de voir ses amis, un moment de respiration aussi…

Créer soi-même des zones d’absence

Mais il arrive parfois – voire souvent – que le passionné, tout à son activité, passe outre les limites d’organisation fixées. Et face à la multiplication des retards, des absences imprévues, les mots et les reproches, semblent quelques fois inefficaces.
La solution ? Plutôt que de parler, agir !, avance Stéphanie Hahusseau. « Créez-vous même des zones d’absence. Votre conjoint rentre plus tard que prévu ? Pourquoi l’attendre en ronchonnant ? Sortez avec des amis, allez au cinéma, surprenez-le/la en n’étant pas forcément là quand il ou elle rentrera de son match de foot ou de son cours de danse. Un tel acte d’individuation est bien plus porteur que les mots, répétés des dizaines de fois. Et ainsi, en mettant l’autre parfois « en danger », vous lui faites sentir l’effet émotionnel que peut avoir son comportement ».

Des personnes difficilement raisonnables


Difficile aussi semble-t-il de faire « entendre raison » à des passionnés. Précisément car raison et passion sont antonymiques ! « De temps en temps, j’aimerais que mon mari redescende sur terre, raconte Olivia. Au quotidien, il est là sans être là. Il vit sa passion de son côté, et aux autres de se débrouiller ! Il me délègue les problèmes à gérer, les invitations à lancer, les cadeaux à acheter. La vie n’est pas insupportable, mais elle pourrait être plus douce s’il s’intéressait un peu plus à sa famille et ses amis ».
Louis, qui vit avec la passionnée de chevaux, s’inquiète, lui, des décisions que prend parfois cette dernière. « Le soin de son cheval passe parfois avant l’attention qu’elle s’accorde à elle-même. J’ai peur qu’un jour, ça aille trop loin ».

Devenir un élément pondérant

Il est là, le rôle des compagnons de passionnés : aider ceux dont ils partagent la vie à tempérer leur bouillonnement, leur exaltation intérieure.
Pour Dominique Contardo-Jacquelin, « ce sont des éléments pondérant précieux. Parce qu’ils ne sont pas dans la passion, ils peuvent dire à l’autre : attention, tu ne vois plus tes parents, tu ne t’occupes plus des enfants, nous n’avons plus d’activité sexuelle… » Et loin d’être une sanction, il s’agit d’ailleurs, pour la psychothérapeute, d’une belle preuve d’amour. « C’est parce que l’on aime l’autre qu’on va l’aider à ne pas se réduire à sa passion ».
Attention, cependant, à ne transformer ce genre de discussion en confrontation. Qui sera de toute façon ratée car, « par nature, le retour va être passionné ! », prévient la psychothérapeute. La solution ? Opter pour une attitude de négociation. « Et toujours parler en terme de quantité en ce qui concerne la passion ; et de qualité en ce qui concerne le couple ».

La passion fait leur charme


Bien « délimitée », bien « négociée », la vie aux côtés d’un passionné peut être très agréable. Et pour cause : les gens passionnés sont souvent passionnants ! Olivia est ainsi très contente de sa « petite culture architecturale », et des nombreuses visites privées de lieux d’exception que lui organise son mari. Quant à Anna, elle avoue que les pots entre sportifs, et les bises des joueurs à chaque fin de match, sont loin d’être si pesants.
Louis, quant à lui, se réjouit du côté épanoui de sa compagne. « Qui ne peut que rejaillir sur notre couple ». Tous sont d’accord : même s’ils ne partagent pas toujours leurs passion, celles-ci font une partie du charme de leurs compagnons.
Pour Stéphanie Hahusseau, il y a d’ailleurs toujours quelque chose à tirer de la passion de l’autre. « L’idée, c’est de trouver ce qu’il y a d’universel en elle, et de se le réapproprier. Par exemple, on peut ne pas aimer le foot, mais partager avec son compagnon un même enthousiasme pour l’esprit sportif. Les couples qui durent ne partagent pas forcément les mêmes passions, mais les mêmes valeurs. »

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