FAITES L'EXPERIENCE PHYSIQUE DE VOTRE ANIMALITE

Issue du mouvement New Age – qui prétend remettre les humains en contact avec la nature – la chamane française Flo Kardinal propose à Paris un atelier destiné aux personnes qui souhaiteraient faire l’expérience physique de leur animalité.
La chamane et chorégraphe française Flo Kardinal – alias Flo White Wolf –animait à Erosphère – «festival participatif des créativités érotiques» –, du 27 au 30 août 2015, un atelier «Invocations animales et érogènes» destiné disait-elle à «pratiquer la canalisation avec votre animal». Ainsi qu’elle l’explique : «cela agit comme un masque et vous sortez de vos inhibitions, si vous en avez. Vous êtes portés par une énergie physique et une dimension d’approche, une gestuelle. Cela décuple vos savoir-faire et votre séduction car vous êtes dans la sphère du lâcher prise donc du pouvoir de l’instant. Vous devenez magnétique et sensuel.» Les explications ne sont pas très claires (euphémisme), mais – ainsi que Flo l’indique – «Nous sommes dans l’espace de la sensation» : il faut le vivre pour le comprendre.
Pour le comprendre, il faut aussi probablement être familier de ces mouvements issus de la contre-culture californienne des années 60 : Flo Kardinal fait partie de cette génération de thérapeutes désinhibés qui mélangent transe et danse, cercles de tambour et programmation neuro-linguistique, dans un joyeux cocktail d’ésotérisme et de techniques brevetées. Sur le site du festival Erosphère, l’atelier est ainsi présenté : «Que nous disent et évoquent en nous les parades amoureuses animales, métaphores de nos relations de séduction, ou encore les rapports entre prédateur et proie ? A travers une expérience de guidance, inspirée des traditions chamaniques et de la création chorégraphique, de nouvelles ressources pour nos désirs et stratégies.» Pour comprendre ce sabir (euphémisme), mieux vaut commencer par le début. Qui est Flo Kardinal ?
Flo Kardinal a «la quarantaine passée». Elle est née à Béziers. Elle a grandi dans le sud de la France entre une mère professeur d’éducation physique et un père entrepreneur, «issu d’un milieu très pauvre». Ses parents ne s’entendent pas bien. Les disputes sont constantes. Flo se réfugie dans la danse. «J’étais une enfant qui écoutait le silence, j’aimais la Nature, chanter, danser, célébrer avec mon corps et ma voix ce que je ressentais. Très rapidement j’ai trouvé dans l’expression du corps le remède à mes souffrances et peurs.» Artiste autodidacte, elle étudie successivement : le «Reiki chamanique», les «accords toltèques selon Don Miguel Ruiz», la «bioenergie» et les chakras, puis les «techniques de visualisation» avant de suivre une formation de «thérapeuthe en Soins par le Chant Vibratoire®avec Matilda Aeolia». Par ailleurs, elle est «transmetteuse en France de laPlanetary Dance selon Anna Halprin».
Vers l’âge de 30 ans, Flo Kardinal se met à «travailler par rapport à l’animal». Elle crée une pratique LA SECOUSSE LIBRE®™ «dans laquelle j’ai mis en place des stratagèmes et des outils (les visualisations, la transe, la roue des directions, les rêves éveillés) qui potentialisaient ma créativité en tant qu’artiste et me guérissaient ainsi de mes peurs et souffrances en tant qu’être humain». Après quoi, elle entame la «formation “Walking the Shaman’s Path“, voie de guérison et de connaissance de Patricia White Buffalo, une chamane amérindienne» basée en Californie. C’est là que Flo récolte son nom de guérisseuse «Flo White WOLF» en référence à son animal totem, le loup blanc. «La formation en elle-même ne “vise“ pas à trouver son animal de pouvoir mais à constituer son espace de guérisseur, précise Flo. Chacun y est confronté dans ses voyages chamaniques. L’animal de pouvoir est celui qui vous correspond le plus énergétiquement et spirituellement».
«L’animal de pouvoir», ainsi que Flo le définit C’est celui qui «permet au chamane de résoudre les questions et problèmes que lui posent son “client“ en se substituant à lui…». Il faut le distinguer de «l’animal totem, qui porte en lui, pour une personne considérée, les espaces de sa guérison» et de «l’animal médecine, qui vous aide pour une personne précise lors d’un soin spécifique. Il est le médecin de ce problème pour cette personne pour ce moment. Il aide le chamane en sus de son l’animal attitré de ce dernier.» Tout cela est compliqué, comme on voit.
La difficulté va grandissant lorsqu’on demande à Flo comment faire pour identifier son animal. S’agit-il d’imiter un animal jusqu’à avoir l’impression qu’on le devient ? «Non … !». S’agit-il d’un jeu de rôle ? Non plus. «Nous sommes dans la dimension organique loin du mental et de l’analyse, c’est la raison pour laquelle j’amène les gens dans ces espaces au moyen de la transe. Donc on ne peut pas parler véritablement de jeu de rôle, il n’y a pas cette distance du raisonnement. On revient vers son état naturel et sauvage, nous sommes dans le ressenti, le corps, les cellules. Dans l’espace de ce que je nomme la “transe-formation“».
Tout cela n’aide guère. Afin de comprendre, au moins, en quoi va consister l’atelier, je demande à Flo les détails du déroulement : «Il y a aura une préparation corporelle spécifique, roue de médecine singulière et thématique à traverser, des chemins de transe aménagés pour la circonstance afin que les personnes puissent lâcher prise en confiance, rencontrer leurs ressources et s’exprimer, des animaux guides que j’aurai choisi pour la circonstance. Mes instruments de musique : hochet, tambour, ma voix, une voyage chamanique guidé de fin de session».
A quels animaux les participants de l’atelier seront-ils confrontés ? Ne risquent-ils pas de choisir, tous et toutes, les «masques» les plus flatteurs, ceux de panthère, de lion ou de renard ? Qui assumerait d’être une poule ou, pire, un rat, voire une fouine dans cet atelier ? «Nous sommes dans la dimension organique encore une fois et pas celle du jugement, répond Flo.Les personnes rencontrent l’humilité et les secrets insoupçonnés de chaque animal. Ils l’abordent avec leur coeur».
Tout cela pourrait prêter à rire. Mais il n’y a pas vraiment de quoi. Ainsi que le souligne l’ethnologue Laetitia Merli, qui réalise actuellement un documentaire sur les chamanes français, il s’agit bien plus que d’une «mode» ou «du dernier gadget New Age» : «dans les médias et la publicité, l’omniprésence du spirituel à déjà gagné notre société en profondeur et, semble-t-il de façon durable. On ne peut nier une tendance générale à l’écolo-spirituel qui s’est imposée d’elle-même au fil des années. Le chamanisme n’est pas vécu aujourd’hui comme une survivance, un reste de quelque chose, mais au contraire comme un présent en marche, un avenir en train de se faire, au cœur des tendances individuo-globalisées. Le chamanisme est hypermoderne, post-exotique. Il fait la synthèse des imaginaires collectifs spirituo-mystiques actuels. Les grimoires de nos campagnes côtoient désormais les thankas tibétains et les plumes d’aigles des chamanes mongols.»
Peut-on parler d’un effet «Cloud» ? Dans ce village mondialisé, dominé par la world music et la world food, l’idéal nébuleux du Wellness ™ semble en passe de devenir la world therapy de demain. Elle pousse hors-sol comme les tomates modernes. Il n’y a pas de terreau. Les racines plongent dans un liquide nutritif breveté.
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POUR EN SAVOIR PLUS

Aux Studios Micadanses : 15 Rue Geoffroy l’Asnier 75004 Paris.
LE SITE DE FLO KARDINAL : Flo Kardinal.org
LE DOCUMENTAIRE DE LAETITIA MERLI : présentation de Laetitia Merlisur Chamanisme.org ; «Aujourd’hui les chamanes»
ILLUSTRATION : Copyright photo : Claudia Waldmann. Photo prise sur le site de Flo Kardinal.
Agnes Giard, les 400culs, liberation.fr

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