EPILATION : MODE OU DICTATURE

"Par réaction contre la tendance actuelle de l’épilation intégrale, Céline Bara, actrice de X et créatrice d’un parti politique appelé le MAL, milite en faveur des femmes qui restent naturellement poilues. Dans l’Ariège où elle se présente, son parti fait mieux que les scores de LO et du NPA additionnés.
Venus

Est-il possible de militer pour ou contre le poil avec le même sérieux que s’il s’agissait de nucléaire ou d’avortement ? Oui. Cela fait même dix ans que le poil est devenu un sujet de débat citoyen… Au début des années 2000, Maurice Lemaire, créateur de l’association «Poil à gratter», invente le mot «poilitique» et place son combat «pro-poil» sur le terrain du tractage et du lobbying. En 2012, Céline Bara, actrice et productrice de films X, se présente aux législatives à la tête d’un parti qu’elle a créé de toutes pièces et qui milite, entre autres, pour que les femmes se libèrent de toutes les formes d’oppression. Aux yeux de Céline Bara, la mode du corps glabre n’est pas une mode mais une dictature, contre laquelle il importe de lutter, avec - au besoin - les armes de la politique… Interview.

Quel est votre parcours ?
Je suis actrice et productrice de films pornographiques lesbiens depuis 1999. J’ai commencé à mes débuts par tourner dans des petites productions parisiennes pour, de fil en aiguille, accéder à des productions plus importantes comme Dorcel, Colmax, ou Blue One avant d’obtenir une nomination au Hot d’or en 2000. J’ai ensuite monté ma propre société de production pornographique avec mon mari Cyrille Bara, réalisateur et photographe. Après mon incarcération en 2001, durant 18 mois, pour avoir agressé le producteur HPG (1) je suis lentement revenue dans le X en 2006 en publiant ma biographie puis en reprenant les tournages. Enfin, il y a un an je me suis engagée en politique et je me suis présentée aux législatives de 2012 en Ariège sous les couleurs de mon propre parti: Le MAL, leMouvement Antithéiste et Libertin, un parti d’extrême gauche anti-religieux et anticapitaliste.



Aux Législatives dans l’Ariège, vous avez fait quel score ? 
6,69% dans mon village de Bélesta et 1,58% au final dans la première circonscription de l’Ariège devant les écolos (0,61%), le NPA (0,60%) et Lutte ouvrière (0,53%).

Quelles actions concrètes menez-vous pour la «défense du poil»  ?
Aucune. Mon combat se résume à tourner des films et à faire des photos avec des actrices et des modèles non épilées. Le simple fait de montrer à des jeunes que la femme ne se réduit pas à une nymphette écervelée et épilée est déjà un geste fort dans un milieu de la pornographie totalement asservi à la mode.

Il semblerait que depuis l’antiquité, en Occident, le combat pour ou contre le poil ait toujours fait rage, au fil d’une mode tantôt en faveur du corps «naturel», tantôt en faveur du corps «retouché»… En quoi est-ce que la récente tendance anti-poil se démarque des modes anti-poils qui ont régulièrement dominé des époques antérieures, et ce depuis l’antiquité ? 
La seule différence avec les anciennes modes c’est qu’elles n’étaient que religieuses. Chaque fois que le religieux est devenu plus présent dans la société le poil a disparu. N’oublions pas que pour toutes les religions la femme est une créature inférieure à l’homme qui ne doit pas exhiber sa pilosité et qui doit être maintenue perpétuellement dans l’enfance pour ne surtout pas s’émanciper. Le grand changement aujourd’hui est l’approche capitaliste du sujet. L’épilation est une véritable source de profit pour de nombreuses multinationales qui ont véritablement intérêt à amplifier ce phénomène de mode pour continuer de se remplir les poches. 
 
Depuis combien d’années, traversons-nous une période anti-poil ? 
Quand j’ai commencé le porno à la fin des années 90 il restait encore de nombreuses actrices qui ne se rasaient pas. En l’espace d’un an ou deux le problème était réglé. Celles qui s’étaient rasées pouvaient continuer à tourner les autres furent tout simplement éjectées du système. J’ai dû créer ma propre société de production pour ne pas finir blonde, anorexique, tatouée, percée et épilée pour avoir le droit de tourner. 

Nous sommes dans une période anti-poils. Soit. Faut-il pour autant en faire un thème de campagne électorale ? Le mouvement de balancier viendra bientôt en faveur des femmes et des hommes qui préfèrent ne pas s’épiler… Ils redeviendront la norme. Pourquoi vouloir faire d’un désir de norme une revendication politique ?
Je n’ai jamais fait du poil mon thème de campagne prioritaire. J’ai bien d’autre «chattes» à fouetter. Beaucoup ont décidé de faire de moi une sorte de porte-parole de la cause des poils pour la simple raison que j’assume ma pilosité mais, sincèrement, je ne me focalise pas essentiellement sur le sujet pour la simple et bonne raison que je sais que mon combat est perdu d’avance. Il suffit de regarder les Jeux Olympiques pour s’en convaincre. Une seule athlète ne s’est pas rasée sous les bras, c’était une haltérophile australienne, Seen Lee. Depuis elle est la cible des pires moqueries sur internet. 

Les critères de beauté ont toujours été des vecteurs d’injustice. Quand la mode est aux femmes bien en chair, les maigres sont considérées comme des laiderons… Les femmes et les hommes qui ne correspondent pas au canon de beauté sont ostracisés. Pour autant, la mode est-elle comparable à une dictature, c’est-à-dire un système politique qui condamne à la mort ou à la prison les personnes qui critiquent ou refusent de se conformer aux valeurs dominantes ?
Je considère que la mode est bien pire qu’une dictature. Effectivement elle ne vous condamne pas à une mort concrète ou à un internement mais plus perfidement à une mort sociale et à l’isolement en plein cœur de la société. Ma chance, de par mon métier, est de toujours rester au contact des jeunes qui, évidemment, s’intéressent toujours à tout ce qui est tabou et qui touche à la sexualité. Je peux vous dire que je n’aimerais pas avoir 18 ans aujourd’hui. Quand je vois des gamines se faire traiter de guenons dans la rue parce qu’elles ont oublié de se raser les jambes ou les dessous de bras pendant trois jours j’ai l’impression de vivre dans un asile d’aliénés. D’autres ne sont pas digne d’être invitées à des soirées parce qu’elles n’ont pas le dernier Iphone ou le dernier sac Gucci à la mode. Quant aux hommes, hors du caleçon Freegun vous êtes le dernier des loosers.

Jusqu’à preuve du contraire, nous sommes libres sur le plan juridique de refuser l’épilation. Nous n’allons pas en prison, nous ne sommes pas puni(e)s si nous choisissons de rester poilu(e)s… Utiliser le mot «dictature», n’est-ce pas un abus de langage ? Pensez-vous vraiment que ce mot est adéquat ? Quelle est votre définition du mot «dictature» ?
Je persiste et signe dans mes déclarations. Il faut sortir des clichés dans lesquels une dictature est un état militaire avec un méchant dictateur au pourvoir qui torture des gens le week-end ! La dictature aujourd’hui est immatérielle et économique. Ce n’est pas parce que tous les cinq ans j’ai le droit de choisir un nouvel escroc pour diriger la nation que je me sens plus libre qu’un Syrien. J’ai reçu des centaines de menaces de mort durant ma campagne électorale et aujourd’hui le département m’a clairement demandé de quitter la région parce que je commence à déranger pas mal de monde. Evidemment on ne m’a pas encore condamné à la guillotine, nous sommes en France. On essaie juste de me faire crever de faim et de me mettre à la rue. C’est beaucoup plus démocratique.

Quelles sont les origines de cette mode anti-poil qui règne actuellement ?
La pseudo guerre sainte initiée par George Bush en 2001 suite aux  attentats des tours jumelles. Une vague de puritanisme a débarquée des USA et depuis le religieux ne cesse de gangréner notre société. Ensuite tout est lié. Plus les catholiques redeviendront influents dans la société plus l’islam se fera bruyant et provoquant. Pour éradiquer les intégrismes religieux il faut tous les combattre en même temps. Chaque religion tire sa force de l’autre par la peur qu’elle engendre.

D’où tirez-vous cette idée que la tendance anti-poil soit d’origine religieuse ? 
Personne n’a jamais remis ce fait en cause. Il suffit de visiter le Louvre pour voir le nombre de statues qui ont été brisé ou poncée au niveau du sexe pour faire disparaitre toute trace de pilosité. Tout artiste qui avait l’impudence de dessiner des poils était bon pour le bûcher. Bien plus tard Courbet ne fut pas épargné par les institutions pour avoir osé «l’origine du monde». Dans les années cinquante puritaines les photos dans les magazines érotiques devaient être retouchées pour enlever tout poil. Malgré cela, les artistes athées ont toujours dessiné, décrit et défendu le poil. C’est un fait établi. Demandez à Gustave Courbet, Serpieri, Manara, Bernardo Bertolucci, Tinto Brass, Pasolini, Jean Jaques Annaud ou encore au marquis de Sade ce qu’ils en pensent. Evidemment si vous demandez l’avis des pseudos artistes contemporains incultes et superstitieux nul doute que le poil est banni de leur œuvre... 

Est-ce que le fait de s’épiler porte atteinte à notre liberté sexuelle ?
Si c’est pour faire plaisir à son partenaire ou à la société effectivement. Si c’est pour un délire sexuel ou juste parce qu’on trouve ça beau absolument pas.

Que pensez-vous des personnes qui fantasment sur la vision d’un corps intégralement épilé ?
Honnêtement je m’en fous. Chacun a le droit d’avoir ces fantasmes ! La seule chose que je ne supporte pas c’est qu’on m’impose les miens. 

Beaucoup de femmes et d’hommes trouvent plus excitant la douceur de la peau qui sent les caresses presqu’à vif… L’aspect un peu obscène de ce sexe mis à nu, donc rendu vulnérable… Sans oublier le côté ambigu d’une vulve à l’aspect pré-pubère. Pensez-vous que ces fantasmes ne sont pas légitimes ?
Ils seront tout à fait légitimes quand la société assumera sa pédophilie et ses problèmes mentaux. Pour l’instant ce n’est pas le cas et je trouve cela très bien. Votre question en elle-même répond déjà à la question.  «L’aspect un peu obscène de ce sexe mis à nu, donc rendu vulnérable… Sans oublier le côté ambigu d’une vulve à l’aspect pré-pubère». Sexe, obscène, vulnérable, pré-pubère... Quatre mots en une seule phrase qui mis côte à côte font froid dans le dos. Toute la culture Judéo Chrétienne résumée.
Alors si pour faire bander un homme en 2012 il faut se raser la chatte et s’habiller en écolière pour le rassurer sur sa virilité (et lui donner un sentiment de puissance tant il est écrasé par le système) et bien qu’il en soit ainsi. Moi, personnellement, je laisse le monde à sa schizophrénie et je m’en lave les mains.

Vous affirmez qu’il s’agit toujours de maintenir les femmes dans un état d’infériorité infantile. Or on constate que lorsque des cultures traversent une tendance «anti-poil», cela concerne souvent aussi bien les hommes que les femmes (2)…
Désolé mais je ne vois pas en quoi cela concerne les hommes. Il n’y a absolument aucun rapport entre l’épilation masculine et l’épilation féminine. Nombre de mes amis portent la barbe et refusent de s’épiler les boules sans pour autant subir un quelconque jugement, que ce soit de la part des hommes aussi bien que des femmes. Je vois régulièrement des chanteurs ou des acteurs sur tous les plateaux de télé venir présenter leur travail avec une barbe de trois jours et la chemise ouverte sur une poitrine abondamment fournie. Demandez donc à José Garcia s’il complexe sur sa pilosité ou si Frederick Beigbeder à honte de sa barbe. Même George Clooney en a arboré une grisonnante durant deux ans. Il n’en est pas moins resté le sexe symbole numéro un de ces dames ! Nous parlerons donc d’égalité quand la femme la plus sexy de l’année aura le droit de ne pas se faire le maillot ou la moustache.

Vous rendez donc les religions responsables de l’inégalité qui régnerait au niveau pileux (et, par conséquent, au niveau social)  entre l’homme et la femme ?
Je considère que toutes les religions sont un fléau pour l’humanité à parfaite égalité. Pas une seule n’aura ma préférence à cause d’une histoire pathétique d’épilation car, quoiqu’il en soit, et même si je condamne le dictat de la mode actuelle et sa façon de réduire la femme à un produit de consommation stéréotypée, je trouve affligeant de débattre de qui peut, veut, ou doit porter des poils. Vous ne trouvez pas qu’il y a des choses plus graves à régler actuellement ?

Notes 
1/ « Mon mari avions décidé de lui apprendre les bonnes manières… Je considère qu’il n’est pas très respectueux de traiter une femme de « putain qui se vend pour dix balles dans les chiottes des aéroports avec des noirs et des arabes » sur quatre pages dans un magazine spécialisé. Racisme, misogynie, irrespect je pense que c’est amplement suffisant pour commencer à intervenir. Il est d’ailleurs beaucoup plus poli envers les femmes depuis cette petite mésaventure. Un peu de plomb dans la tête n’a jamais fait de mal à personne. » (Céline Bara).
2/ Pour en savoir plus, lire l’ouvrage passionnant de Jean Da Silva : Du Velu au Lisse (histoire et esthétique de l’épilation intime), éd. Complexe."
Agnes Giard, les 400 culs, liberation.fr

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