COUPLE : PEUT ON CHANGER L'AUTRE ?

D’où vient cette croyance que l'on ne peut pas changer l'autre ? Sans doute de la mise en garde nécessaire des thérapeutes contre une volonté de plier notre partenaire à nos désirs… Mais entre glisser vers le contrôle de l’autre et contribuer à son évolution, il existe une marge de manoeuvre à explorer.
Bernadette Costa-Prades




Nous l’aimons, c’est entendu ; en dépit du fait qu’il soit peu sociable, qu’il ne veuille pas d’enfants ou qu’elle soit dépensière. Nous nous faisons fort, nos sentiments aidant, de le transformer. « Avec moi, tu verras, il changera », entendons-nous parfois dans la bouche d’une amie amoureuse. Halte-là ! réagissent immédiatement les thérapeutes de couple. S’engager en amour avec la volonté de changer l’autre est casse-cou. En effet, il est toujours intéressant de se demander pourquoi nous manifestons ce désir-là. Trop souvent, cette volonté a plus à voir avec notre propre histoire qu’avec la sienne… Passé les émois des débuts, nous « découvrons » qu’il est égoïste, comme notre père, qu’elle est surprotectrice, comme notre mère. Comment croire que nous ne l’avons pas senti avant, voire que nous n’avons pas choisi notre conjoint pour cette raison ? « Nous sommes à double face, explique la psychanalyste Catherine Bensaid. Une face consciente, qui désire ouvertement certaines choses, et une face cachée, inconsciente, qui résiste parce qu’elle trouve dans la situation une jouissance névrotique. Prenez l’exemple d’une femme qui rêve de vivre avec un prince et ne rencontre que des hommes qui la maltraitent, comme son propre père le faisait. Elle n’a de cesse de vouloir les changer, mais s’ils s’avisent de devenir princes, ils ne conviennent plus à sa face inconsciente, souvent la plus forte. Et ça casse. » Sauf à travailler sur elle-même, ce qui l’amènerait à comprendre son mécanisme inconscient et à se changer, elle.

Une paresse relationnelle


Se positionner en démiurge de celui ou celle que l’on aime – « Par la grâce de mon amour, je vais te transformer » – revient à lui dire : « Au fond, je n’aime pas ce que tu es. » Demander à un pudique de se laisser aller, reprocher à une extravertie d’en faire trop peut être très violent. Tout comme l’éloigner de ses vraies aspirations parce qu’elles ne correspondent pas aux nôtres. « C’est injuste mais fréquent, malheureusement : l’un demande à l’autre de changer, mais en le coupant de ses forces de vie, ce dernier devient fade et tout le monde est perdant », prévient le psychiatre Christophe Fauré. Pour autant, refuser de s’accorder le désir ou le pouvoir de changer l’autre, c’est, selon le psychiatre, « faire preuve d’une extraordinaire paresse relationnelle. Penser l’autre comme un être immuable – même si nous nous en plaignons – nous rassure et nous dédouane d’avoir à changer nous-même ». D’autant qu’il n’est pas anodin d’aller débusquer les avantages secondaires que nous obtenons à ce que l’autre ne bouge pas. Ainsi d’une femme qui se plaint régulièrement que son conjoint ne s’investit pas assez dans la sphère domestique et qui décourage systématiquement toute tentative de sa part (« Laisse, je vais le faire, ça ira plus vite », dit-elle sur un ton agacé). « S’il changeait, elle serait doublement perdante, puisqu’elle perdrait d’une part sa toute-puissance domestique sur la maison et les enfants et, d’autre part, ne pourrait plus le culpabiliser sur ses absences, ce qui le met en dette vis-à-vis d’elle », décrypte Christophe Fauré.

Vouloir changer l’autre ne peut pas reposer sur une volonté d’acquérir plus de confort pour nous-même, mais doit naître du désir de le soulager lui. Il souffre d’une situation familiale toxique ? C’est pour son bien qu’il peut être utile d’inviter au changement, petit à petit, sans intrusion. « Il est essentiel de pointer ce qui se répète, en s’en tenant aux faits concrets, met en garde le psychiatre et psychothérapeute Jacques-Antoine Malarewicz, auteur de Repenser le couple (LGF, “Le Livre de poche”, 2002). Car il n’est pas question de se positionner en thérapeute, ni d’asséner des interprétations psychanalytiques. C’est une façon de déséquilibrer le couple en prenant le pouvoir sur l’autre. » Pour qu’une évolution survienne, il s’agit de lui faire de la place, d’accepter son éventualité. Or, nous avons tendance à enfermer l’autre dans l’image que nous nous faisons de lui. Comment le laisser évoluer alors que nous ne cessons de lui asséner : « Je te connais, tu ne changeras jamais » ? « Je vois dans cette position un grand manque de respect pour l’autre. C’est une façon de lui dire qu’il ne peut créer aucune surprise », remarque Jacques Antoine Malarewicz. Dans sa pratique de thérapeute de couple, il propose souvent à ceux qui viennent le consulter de passer une semaine à se regarder comme s’ils ne se connaissaient pas, laissant de côté tous leurs griefs et leurs a priori. Une approche qui permet de laver son regard et de régénérer les possibilités de changement.

Le maître mot de tout cela ? La bienveillance, selon Christophe Fauré, cette qualité qui nous pousse à vouloir d’abord le bonheur de l’autre : « La générosité doit être au coeur de cette volonté d’accompagner le changement de notre partenaire. » Pour peu que nous nous gardions d’être tyrannique ou intrusif, pourquoi ne pas faire confiance à notre amour pour que, lentement, par capillarité, il infuse une transformation, chez l’autre comme chez nous ?

Quand c’est vital de changer


Au-delà des petits ou grands agacements du quotidien, que faire si nous sentons l’autre en danger, parce qu’il s’est mis à boire ou s’enfonce dans la dépression ? « Sans se prendre pour le sauveur – car seul un thérapeute pourra l’aider –, le partenaire ne peut pas se taire, au risque de se rendre complice de la dérive de l’autre, prévient la psychanalyste Catherine Bensaid. C’est une situation délicate qui demande une certaine fermeté (“Je souhaite réellement que tu consultes, tu vas vraiment trop mal”), et une attention à sa détresse. Les écueils ? Prendre en charge la souffrance de l’autre : le couple n’a pas pour vocation de soigner toutes les fragilités, il faut l’admettre avec humilité. Se garder aussi d’être dans la menace (“Si tu ne fais rien, je te quitte”). Si nous lui faisons part d’une sincère inquiétude, avec amour et compassion, il sera plus enclin à entendre notre demande, donc à changer.

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« Nous sommes sans cesse dans le compromis »

Nicolas, 37 ans, designer 
« Nous sommes deux opposés : je m’habille “minot” et coloré, elle est féminine et sobre. Je désire créer, sortir des règles, prendre des risques. Il lui faut sa stabilité. Je suis la tête dans les étoiles, elle est sur terre. Je ne comprends rien à son boulot, elle reste sceptique sur mes trouvailles artistiques. On est rarement en phase ! Au début, je n’acceptais pas cette différence. D’autant que j’avais l’impression de sacrifier ma créativité. J’essayais en permanence de la convaincre, je voulais la transformer. Aujourd’hui, nous sommes sans cesse dans le compromis. Notre maison en est l’exemple. Je souhaitais des murs colorés, des tableaux pop art et une forêt dans le jardin. Au final, faute d’accord, la plupart des murs sont blancs et le jardin est nu, même si j’ai réussi à y intégrer un bassin. Mais c’est moi qui ai créé une partie du mobilier et de la déco, dont elle est maintenant très fière ! Nous nous sommes naturellement attribué des rôles : à elle, la gestion du quotidien et les comptes de la famille. À moi, le bricolage, l’organisation des soirées et les rêves de voyages à travers le monde. Notre couple ne tombe jamais dans la routine. Nous sommes les rares de notre bande à être encore ensemble vingt ans après. Je l’épuiserai jusqu’au dernier jour ! Je me suis rendu compte que ma vision n’était pas unique et que notre différence était complémentaire. Elle fait notre force, elle me fait grandir. Je m’enrichis de ses univers. »

« Nous ne fonctionnons pas de la même façon »

Violaine, 38 ans, comptable
« On s’est connus à l’Opéra de Marseille pour un job d’été. Il était drôle, fêtard et… mon opposé. Il avait raté pour la troisième fois son bac. Il commençait un boulot de mécano, moi, une prépa Sup de co. Nos différences de départ ne se sont pas atténuées. Hormis les valeurs d’éducation, nous ne sommes d’accord sur rien. Je suis dans la réalité, lui dans l’imaginaire. J’incite nos enfants à être sérieux à l’école. Il les incite à la créativité. Il adore observer les étoiles, ça m’ennuie ! Il rêve de vivre de son design, il me faut une stabilité professionnelle. Au début, cette relation me pesait. J’étais persuadée que je parviendrais à le changer. Nos disputes étaient fréquentes, mais ne duraient jamais, car ni l’un ni l’autre ne sommes rancuniers, et nous communiquons beaucoup… Avec le temps, j’ai compris que ce n’était pas de l’immaturité ou de la mauvaise volonté. Nous ne fonctionnons simplement pas de la même façon. On a fini par trouver notre équilibre. J’ai tendance à lui laisser organiser les loisirs, il me fait confiance sur la gestion du quotidien. Avec nos trois enfants, chacun est obligé de se prendre en main. Il est moins bordélique ; moi, moins maniaque. Nous déteignons l’un sur l’autre. Ses traits de caractère, que je prenais pour des défauts, m’enrichissent. De nature compliquée, j’ai pris conscience avec lui qu’une certaine simplicité était source de plaisir. Je suis cool et davantage ouverte à l’inconnu. »
Propos recueillis par Marie Le Marois

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