CHERI, SURTOUT NE M'EPOUSE PAS !!

Si tu restes mon Henry Miller, je promets d’être ton Anaïs Nin. Alors range ton livret de famille et sors-moi plutôt le grand jeu…
mariage
Les grandes histoires d’amour ne ressemblent pas à une blague « Monsieur et Madame… ». Ce qui me fait rêver, moi, c’est le vertige, la transgression: Anaïs Nin et Henry Miller, leur liaison en dehors des clous. Bonnie and Clyde. Tristan et Iseult. 37°2 le matin. Mon cœur ne bat pas devant un livret de famille, ni devant la présentation à ses parents, même si c’est un mal nécessaire dans la vie d’un couple. Croyant sans doute me faire plaisir, mon homme m’a demandée en mariage, un soir, entre la poire et le fromage. Entre le marteau et l’enclume, j’ai envie de dire. J’ai vu mes semelles de vent épinglées comme des papillons. J’ai vu tout rouge, j’ai vu tout blanc, façon voile de mariée, j’ai dit « non » et j’ai ajouté, pour dissiper tout malentendu, « Le mariage, chéri, c’est dommage ». Alors il s’est resservi un verre de Cocoroco (alcool bolivien à 93 °C).

LE MARIAGE, ÇA DÉSACRALISE LE SEXE

Ce n’est un secret pour personne : j’ai un sex appeal de folie. C’est même pour ça que Z comme Zorro n’a pas fait que passer dans ma vie, il est repassé, a demandé un droit de séjour. Accordé, au quart de temps. A commencé cette ère bénie où tout est nouveau, magique, jusqu’à ses textos inachevés, ses yeux sur mon décolleté, ses silences et mes absences, ce jeu de poker menteur tout à fait excitant. Tant qu’il y a quelque chose à perdre, on reste curieux de l’autre. Quelque chose à perdre : sa capacité à se mobiliser pour moi (prendre une douche et se parfumer/se taper une heure de bouchons/chambouler son emploi du temps). Est-ce que ça va durer entre nous ? On navigue à vue, c’est intense. « Là où on aime, on ne désire pas », disait Freud. L’éternel conflit entre l’éros et l’agapè, l’amour charnel ou la communion des âmes. J’ai résolu le conflit : j’aime désirer. Pour lui et ses talents de prestidigitateur au lit, je peux traverser deux arrondissements perchée sur des talons aiguille, attendre dans un café en sirotant des mojitos (mais pas trop longtemps, sinon j’arrive chez lui les talons aiguille sur la tête…). Quand Zorro a commencé à me parler d’amour à la pointe de l’épée, de projets en dur, « mignonne, au moins des vacances ensemble ? », ça m’a plu. Mais j’y ai vu comme la fin d’une eau trouble dans laquelle je m’ébrouais avec délice. « Qui prétend encore que les femmes veulent de l’engagement, les hommes de l’aventure ? Quand cesserons-nous de penser que les émotions sont une affaire de femmes ? », interroge Stéphanie Hahusseau, psychiatre et psychothérapeute *. Tant qu’une histoire ne s’installe pas vraiment, tout est possible. On peut rembobiner, faire des arrêts sur image, étalonner les couleurs. Nous imaginer. Nus, imbriqués, au sommet du Mont Blanc. Sur une pirogue en Amazonie. Dès qu’on y met un cadre réel, une devanture, encore pis, un autel, la plaque commémorative n’est pas loin. Le plein jour, la surexposition, ça rime mal avec l’intime. À m’avoir trop, Chéri, et devant témoins, il me perdrait.

LA FIN DE L’AMOUR IDÉAL

J’insiste : Zorro est à la fois le gangster de ma vie mais aussi le prince charmant un peu décadent qui a sonné un soir chez moi avec un bouquet de piments à la main. Je tiens à ce qu’il reste cet homme idéal, un mixte entre Mike Tyson et Ryan Gosling. Je ne veux pas qu’il se transforme en chat de salon castré et qui tend les pattes pour qu’on lui coupe les griffes. Je connais des hommes naguère virils qui, une fois casés, ont le cheveu coiffé, l’œil sage et qui, un comble, sentent la savonnette. Le syndrome de « la maman et la putain », ça existe en effet miroir. C’est le syndrome « le papa et l’inconnu du TGV 3016 ». Il ne me fait pas rêver, le papa, avec son look « dimanche, c’est barbecue », son cours de golf à 14 heures et sa femme qui lui téléphone toutes les dix minutes. Dans le coffre du mariage, on a le changement d’état civil (mariée à M. X… le… à… c’est gravé dans la pierre), ce qui n’est pas rien, mais on a aussi la panoplie de M. et Mme Parfaits : habillés de la même couleur, ils se déplacent par paire, comme les perruches. Enfin, parfaits, c’est vite dit ! Une fois dans les murs, l’homme ne fait plus grand- chose à part ce qui se voit et dont il peut se vanter : planter un clou, monter une étagère en suédois. « L’engagement, si c’est juste la bague au doigt, ce n’est pas satisfaisant. Une femme attend de son conjoint une implication émotionnelle et matérielle, ce qui fait souvent défaut une fois la relation officialisée », observe Stéphanie Hahusseau.

REVIENS, ZORRO !

Qui dit mariage dit aussi fantasme de fusion et d’amour-toujours. J’ai peur que Zorro, sensible comme il est, ne tombe dans ce piège en skaï rose et ne fasse plus rien pour me reconquérir jour après jour. Je préfère être la maîtresse que l’épouse. L’une a droit aux efforts, l’autre aux pieds sous la table et aux ronflements. L’inverse est vrai, zéro partout ; une fois les anneaux échangés, je pourrais très bien me changer en citrouille et ne plus remarquer mon Zorro, posé entre la télé et le ficus. Pire, je pourrais aussi remiser les talons, le sourire rouge passion et bâiller comme une hyène quand on ira dîner aux chandelles. Un bel hymne à l’amour, non ? « La sécurité du mariage nourrit l’attachement mais trop de sécurité nourrit l’ennui », continue la psychothérapeute. En plus, au resto, on aurait moins de choses à se dire, à force d’être officiellement un couple, on va se prendre les pieds dans les liens du mariage, que dis-je, dans la corde raide. Et moi, si c’est pour m’ennuyer, je peux aussi bien le faire toute seule et même m’épouser moi-même. Félicitations !
*Auteur de Un homme, un vrai: dissiper les malentendus émotionnels hommes-femmes (éd. Odile jacob).

VALÉRIE RODRIGUE 


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