VOUS ETES CELIBATAIRE ? EST CE VOTRE FAUTE ?

« Tout pour plaire, et toujours célibataire », ce paradoxe mille fois rebattu est au cœur de l'un des ouvrages phares de la psychanalyste Sophie Cadalen. Et si, loin d’être une fatalité, le fait d’être seul était d’abord un choix inconscient ? Décryptage et témoignages.
Giulia Foïs

Pourquoi avons-nous le sentiment que le célibat est un problème ?

Sophie Cadalen : En soi, il ne devrait pas l’être. Malheureusement, le couple se conçoit encore sur un modèle unique : un homme et une femme qui partagent un toit et fondent une famille. Le célibat, lui, se pense toujours comme un « défaut de couple » : les célibataires sont ceux qui n’ont pas réussi. C’est très culpabilisant. Plutôt que de remettre en question le modèle de couple qui leur est proposé et les certitudes qui vont avec, les personnes vivant seules s’interrogent : « Qu’est-ce que j’ai qui ne va pas ? » C’est encore plus vrai pour les femmes, dont la société continue de penser, plus que pour les hommes, qu’elles ont vocation à vivre à deux. Quand elles y parviennent, on se dit : « Ça y est ! Elle est enfin digne d’être aimée, son avenir est assuré. » Il faut être sacrément solide pour résister à cette pression. Le célibat devient un problème à cause de ces schémas qui nous enferment et nous font souffrir.

C’est pour combattre ces a priori que vous avez écrit votre dernier livre ?

Nous sommes prisonniers d’une double fatalité. Celle que nous nous imposons : nous sommes seul parce que nous avons un sale caractère, parce que nous ne savons pas faire les bons choix, parce que nous nous débrouillons mal. Et celle qui nous est imposée : l’amour obéirait à des règles immuables et il faudrait les respecter, sinon pas de salut?! Le discours ambiant regorge de ces codes archaïques : « L’amour dure trois ans », « Il ne faut pas coucher le premier soir », « La première impression est la bonne »… Tout va bien tant que nous les accueillons avec une certaine distance, comme on regarde son horoscope dans les magazines. Mais lorsque nous nous crispons dessus, elles empêchent la rencontre. En effet, ces recettes occultent la nature même de l’amour, qui n’a rien à voir avec le contrôle, l’intelligence et les injonctions – les « Il faut… », les « Tu dois… ». L’amour touche aux émotions et à l’inconscient. En outre, il n’obéit à aucune loi universelle. Chaque histoire et chaque individu sont uniques. Or, ces recettes nient notre petite voix singulière et nous englobent dans le collectif. L’autre n’a donc plus aucune chance de nous surprendre, son comportement ayant été fixé par avance. S’il n’y a pas de place pour la surprise de l’autre, il n’y en a pas pour l’amour.

Si elles sont archaïques, pourquoi ces normes ont-elles toujours autant de force ?

D’abord, l’amour dérange. Il bouleverse, au sens propre du terme. Et ces recettes font croire qu’elles sont la clé pour remettre de l’ordre dans tout cela. C’est tentant, une clé… Ensuite, elles nous dédouanent et masquent nos failles. Puisque j’ai appliqué toutes les règles à la lettre, si cette histoire n’a pas abouti, c’est que c’est la faute de l’autre. Enfin, elles nous évitent de nous poser une question essentielle, celle de nos propres désirs. « Est-ce qu’il me plaît réellement ? » « J’ai 35 ans, je devrais fonder une famille. Est-ce que j’en ai vraiment envie ? » Assumer ses propres choix, interroger ses envies, c’est très déstabilisant, parce qu’il faut tout inventer soi-même. Les normes sont certes contraignantes, mais bien plus rassurantes.

Il faudrait, dites-vous, se débarrasser de ces préjugés qui, paradoxalement, nous rassurent…

Il faut commencer par les remettre en question. Au moment même où l’on se dit : « Je suis seule parce que tous les hommes sont lâches, ou toutes les filles trop collantes… », il s’agit de s’interroger. Le sont-ils tous réellement?? Des contre-exemples apparaissent inévitablement autour de nous. Il faut également se demander ce que l’on met sous la notion de lâcheté. Et ce qu’elle signifie dans notre histoire. Instaurer le doute dessine une brèche dans le mur de nos certitudes et laisse une place à la surprise, donc à l’amour. Ensuite, en prenant de la distance avec le groupe et ses préjugés, nous nous retrouvons face à nous-même. Il s’agit alors de s’interroger sur ses propres freins pour pouvoir les lever. À l’inverse des recettes toutes prêtes, il n’y a pas de réponse unique. Certains se sont construits sur du manque d’amour : ils attendent de l’autre qu’il comble cette faille. Nous ne parlons alors plus d’envie, mais d’impérieux besoin : il n’est plus question de l’autre, mais seulement de nous, et il y a peu de chances que la rencontre nous comble. D’autres ont vu leurs parents malheureux et craignent d’être blessés à leur tour. Ou préfèrent ne pas s’engager dans une histoire d’amour, parce qu’ils ne supporteraient pas qu’elle se termine. D’autres encore ont peur d’y perdre une part d’eux-mêmes… L’amour est toujours une remise en question de ce que nous sommes. Ou de ce que nous croyons être. L’autre nous renvoie une nouvelle image de nous, dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas. Or, il est parfois plus rassurant de rester sur une idée fausse de soi que de la remettre en question. Quelle que soit la nature de ces peurs, le fonctionnement psychique reste le même : l’instinct de conservation finit par primer sur la pulsion de vie.

Nous préférerions donc rester seul plutôt que de prendre des risques ?

Freins intérieurs ou codes imposés, ces barrières ne sont pas là pour rien : elles nous protègent. Bien sûr, personne n’aime vivre seul et sans amour. Mais, pour certains, les souffrances de la solitude sont préférables à l’amour et à ses risques. Tout compte fait, nous pouvons trouver notre équilibre dans le célibat, qui nous apporte, de façon souvent inconsciente, des bénéfices secondaires. Jusqu’au jour où le prix à payer sera trop lourd. L’échec de trop, la rupture de trop feront basculer la balance : l’envie d’aimer et d’être aimé prendra le dessus sur nos peurs. Mais là, je parle d’un véritable désir, le nôtre, unique et singulier, sans besoin ou volonté de correspondre à une norme. Il faudra alors accepter de donner, de s’abandonner, d’investir un peu de soi dans la rencontre : c’est le seul moyen d’en recevoir quelque chose.

Faut-il attendre le déclic ou aller voir un psy ?

Lâcher prise, oui; attendre passivement, non. Réfléchir sur soi et s’ouvrir à l’autre est une démarche active. Il est parfois difficile de la supporter seul. Si les souffrances sont trop grandes, s’il y a urgence, consulter un thérapeute peut être une solution. Il ne fera pas disparaître nos peurs, mais nous aidera à vivre avec. La démarche analytique ne conduit pas au savoir mais à l’ignorance, car se débarrasser de ses préjugés, c’est aussi admettre que nous ne savons rien. Devant la complexité de l’amour, son mystère insaisissable, l’idéal serait de se dire : « De toute façon, puisque personne n’y comprend rien, allons-y?! » Comme un enfant tombe amoureux, sans barrières, sans 
limites, en toute liberté.




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