SOYEZ SENSUEL, SOYEZ VIVANT !!!

La sensualité sent le soufre, évoque l’animalité. Pourtant, elle est un moteur essentiel de notre évolution et signe notre présence au monde.

Certains jours, on aimerait être un chat. Se lover benoîtement sur les genoux de ceux que l’on aime. Ronronner à la moindre caresse. Allons donc, pense-t-on : un humain s’ennuierait à devoir jouir toute une vie d’aussi menus plaisirs. L’homme n’est pas une bête ! Et c’est ainsi, en Occident surtout, que la sensualité a longtemps senti le soufre. Elle évoquait l’animal et ses instincts primaires, dont la civilisation avait pour but de nous sortir.

Comme le montrait il y a dix ans la philosophe Élisabeth de Fontenay dans l’un de ses ouvrages (Le Silence des bêtes, Fayard, 1998), notre idée de l’humain s’est construite, au fil du temps, en opposition radicale à l’animalité. Dommage, car la sensualité reste vitale pour notre évolution.

Animale, elle l’est bien sûr par ses origines, rappelle le neurobiologiste Jean-Didier Vincent : « Tous nos actes, pensées et comportements reposent sur une base affective, dont l’origine est essentiellement sensorielle et remonte aux structures du plaisir inventées par les premiers vertébrés il y a cinq cents millions d’années. » Notre système nerveux et sa cohorte de neurotransmetteurs et d’hormones sont ainsi fondamentalement déterminés par une seule question : est-ce bon ou mauvais ?

Un appétit de jouissance


Plaisir ou souffrance ? Pour l’animal, c’est une question de survie, et la nature a même prévu la juste mesure. En effet, dans le système nerveux, plaisir et souffrance sont intimement liés, ces liens donnant naissance à des sécrétions hormonales destinées à rétablir l’équilibre. « Les structures du plaisir forment un système très sensible, explique Jean-Didier Vincent, qui doit osciller près d’un niveau de base ne permettant pas l’excès, car l’excès emballe le système, ce qui est mauvais pour lui. » Un plaisir trop riche en intensité ou en durée finit par lasser ou par rendre malade. La nature invite l’homme, à la suite de l’animal, à jouir d’être sensuel sans être pervers, glouton ou boulimique.
Nous avons avancé grâce au plaisir, en naviguant entre abus et ascétisme. Car le cerveau des humains n’est plus tout à fait animal. Il dispose d’un cortex préfrontal qui apporte des libertés et des interdits. Il peut décider de négliger les garde-fous, au point de sombrer dans l’addiction, ou en construire de nouveaux, tels que maîtrise de soi et retenue.

« L’homme est toujours dans une certaine recherche du plaisir sensoriel, admet Jean-Didier Vincent, car celui-ci continue à jouer son rôle fondamental d’agent d’évolution, en accompagnant la satisfaction des besoins vitaux (se nourrir, se reproduire…). Mais il a ses goûts personnels, n’est pas doté d’un même appétit ou des mêmes capacités de jouissance, par culture, éducation et héritage génétique. » Le voyage vers plus ou moins de sensualité ne peut se faire qu’en conscience, il devient une affaire personnelle.

Le propre de l’humain

A DÉCOUVRIR

Mais ce voyage n’est pas un luxe. L’anthropologue David Le Breton, professeur à l’université de Strasbourg et auteur d’un plaidoyer en faveur d’un retour aux sens (La Saveur du monde, Métailié, 2006), insiste notamment sur l’importance sociale de la sensualité : « C’est l’un des attributs de la séduction ou de la réputation d’un individu, affirme-t-il. Elle est une signature de soi, un charme qui distingue de l’ordinaire. » Renvoyant à un usage des sens et du corps, elle nourrit la joie de vivre et le plaisir d’être soi, ainsi que le plaisir des autres à voir ou à côtoyer une personne sensuelle.
Mais lui donner tant de valeur, n’est-ce pas, de nouveau, tenter l’animal ? « Non, répond l’anthropologue. Car la sensualité est toujours socialement ritualisée, elle implique des codes sociaux, corporels, vestimentaires et autres. Mieux : elle ajoute un supplément de style et de charme qui témoigne d’une ouverture au monde et aux autres, non pour se donner, mais pour imprimer le style d’une présence. »

Un supplément de style et de charme. En faut-il davantage pour convaincre qu’être sensuel est à notre avantage ? Catherine Solano, médecin sexologue et psychologue (Psy, Sex & Fun, Tornade, 2007), va plus loin encore : pour elle, la sensualité n’est pas seulement une preuve de présence harmonieuse au monde, elle est le propre de l’humain. « Nous seuls avons le pouvoir de cultiver notre sensualité dans le but de procurer du plaisir, à nous-mêmes ou aux autres, estime-t-elle. Nous seuls pouvons rechercher ce qui nous plaît, créer nos plaisirs, les imaginer, les mémoriser, les partager.

C’est toute la différence entre la recherche instinctive de la jouissance et l’art, qu’il soit pictural, culinaire, érotique ou art de vivre. » C’est également une voie de liberté : « Il faut s’écouter pour trouver ses sources de plaisir, se libérer des injonctions. » L’affaire est entendue : la sensualité est plus qu’une aide à la survie inscrite dans nos gènes, elle est un art de vivre intensément le présent, le contact du monde, la relation à autrui. Un antidote à la dépression, à la morosité de l’époque et au tragique de la vie ?

Sensualité ou « sensorialité » ?

Aujourd’hui encore, le terme sensualité est mal vu des scientifiques : aussi bien le neurobiologiste Jean-Didier Vincent que la sociologue Claudine Haroche (directrice du CNRS), par exemple, lui préfèrent le mot « sensorialité », plus précis à leurs yeux – quoiqu’absent des dictionnaires ! Tentons une définition : la « sensorialité » serait la capacité à être réceptif aux sensations physiques, alors que la sensualité désigne « l’aptitude à goûter les plaisirs des sens […] » (Larousse). D’une définition à l’autre se glisse tout un art de vivre !

Trop de sensations tue la sensualité

Le problème : « Nous recevons sans cesse des sollicitations sensorielles, mais elles sont trop nombreuses et rapides, et principalement constituées d’images et de sons arrivant en un flux continu et indifférencié », affirme la sociologue Claudine Haroche. Écrans, affiches, musique… Il en résulte une lassitude, un désir de sensations ex­trêmes et, surtout, un appauvrissement intérieur. « Quand on est bombardés de stimuli, explique la sociologue, ils deviennent inintelligibles. Cette incompréhension nous éloigne de nos ressentis profonds et s’ajoute à l’urgence cultivée par notre époque pour rendre nos sensations superficielles.

Conséquences : appauvrissement du moi et incapacité à forger de véritables relations. » Le remède ? Claudine Haroche suggère un retour au toucher, pour à la fois s’approprier les objets et « perce-voir » vraiment l’autre. Aussi ne croit-elle pas aux bienfaits de la « sensualité virtuelle » qui s’annonce (interfaces homme-machine, combinaisons transmettant des illusions sensorielles, robot amoureux…). Pour elle, « la perte de contact et de limites fixes entre réel et illusoire poussera à l’extrême la dépersonnalisation et l’impossibilité de vraies relations, dont on voit les débuts avec les avatars sur Second Life : les gens se transforment tellement que l’on ne sait plus qui ils sont, et eux non plus ».
source : psychologies.com






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