PRESERVATIF DE LUXE AVEC UN CHAPEAU TYROLIEN ? Histoire du présevatif

Vers 1900, les préservatifs de luxe portent presque tous des chapeaux : képi, casquette, canotier, béret, chapeau pointu de clown ou mortier de juge. C’est une des révélations  de l’ouvrage «Plaisirs et Débauches» consacré aux pratiques interdites qui vient de sortir en édition limitée. Rare et bizarre.
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Dans «Plaisirs et Débauches», un ouvrage richement illustré d’aquarelles inédites, documents curieux et précieux (gravures, photos, dessins), Nicole Canet – éditrice et antiquaire spécialisée en curiosa – dresse le portrait d’une époque oubliée de la débauche française : entre les années 1780 et 1940, Paris devient le lieu de rendez-vous d’une faune mêlant princes étrangers chargés de valises de cocaïne et majordomes spécialisés dans le recrutement de mignons… Les infections vénériennes circulent autant que les billets doux dans ce monde de bobos (bordels-boudoirs).
On appelle les MST des «coups de pied de Venus». Ces maladies sont dites «honteuses», c’est à dire qu’elles restent cachées… autant que les outils censés les combattre. Nicole Canet raconte : «Les témoignages, en dehors des études traitant de santé publique, sont très rares à quelques exceptions près, ce qui les rend d’autant plus précieux (1). Celui que l’on trouve dans une des “Lettres d’un inverti allemand“ datée d’avril 1905 est d’une candeur désarmante:
“Cette blennorragie m’a été transmise par un soldat, un dragon qui m’a sodomisé dans les toilettes de la gare de Chambéry. C’était pourtant un homme gentil et poli qui avait insisté plusieurs fois pour obtenir de moi cette faveur“».

Cela fait déjà un siècle environ que le préservatif existe. Dans «La Philosophie dans le boudoir», le Marquis de Sade raconte que certaines femmes bien avisées «obligent leurs fouteurs de se servir d’un petit sac de peau de vessie, vulgairement nommé condom, dans lequel la semence coule sans risque d’atteindre son but.»

«Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle et durant le XIXe siècle, Londres fut le grand centre où s’approvisionnait l’Europe entière en préservatifs, d’où son nom populaire de redingote, puis de capote anglaise, le terme ancien de condom étant progressivement abandonné. A Paris, il restait l’apanage d’un groupe très restreint, celui de la galanterie où se rencontraient nombre de personnages de la haute société. La commercialisation était assurée par la maison Gros Millan, fondée en 1780 près du Palais Royal. On pouvait entrer par le 22 rue de Beaujolais et sortir par le 17 rue des Petits Champs. Les envois pour la province se faisaient par expédition discrète comme le précisaient les encarts publicitaires.»
Dans l’ouvrage «Plaisirs et Débauches», les publicités en question (datées de 1900), reproduites en pleine page, affirment que «Depuis mille ans, le BOYAU MILLAN préserve de l’AVARIE et de la NEISSE-ROSE, les deux plus grands fléaux de l’humanité». L’avarie ?
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Les boyaux en question – appelés «baudruches» – sont des boyaux de mouton vendus environ un francs pièce, somme énorme pour l’époque. Les clients ont le choix entre les boyaux «qualité forte, extra», comme la moutarde ou «fine bordée de soie rose», voire «fine extra-extra, bordée de soie rose» comme un bas de femme
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«Pour les colonies et les pays chauds nous recommandons de préférence les boyaux», stipulent les publicités qui en garantissent «la dureté» (aie) «pour au moins une année» (ouille) «même dans les pays tropicaux» (?).  Les préservatifs ne sont pas jetables. Ce sont des chaussettes à pénis, conçues pour résister longtemps. Vers 1900, une nouvelle technologie apparaît : celle du caoutchouc, qui donne naissance aux imperméables (1823), aux bottes et semelles de chaussure (1853), aux chambres à air (1887) et aux préservatifs (1870).
Des marques comme «La veuve allègre» ou «la veuve joyeuse» apparaissent et les publicités en vantent les capacités de résistance à grands renforts d’explications techniques :
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«Au début du XXe siècle, les progrès réalisés dans le traitement du latex révolutionnent la fabrication des préservatifs, explique Nicole Canet. Le caoutchouc est substitué aux boyaux de mouton et aux vessies de poisson. Les plus grands producteurs sont les Etats-Unis d’Amérique, l’Angleterre et surtout l’Allemagne.» (2)  Les prix baissent : entre 5 et 10 francs la douzaine (Les préservatifs sont d’abord vendus comme les oeufs). Les textures se diversifient. «Des modèles de fantaisie sont proposés dont l’extrémité figure un personnage de la vie courante  : chanteclerc (tête de coq), juge, professeur, clown, soldat, jockey, automobiliste, étudiant. La tête de chacun, constituant le réservoir, est ornée de sa coiffure distinctive. Patientons encore quelques années et les catalogues suivants ne manqueront pas de faire apparaître l’aviateur, le tankiste…».
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«Il y a aussi des produits beaucoup plus élaborés, avec adjonctions de becs, de bagues, de picots, de plaques, d’épines, de dentures plus ou moins souples, le tout pouvant imiter le cuir du crocodile. Le sommet du plaisir proposée est alors atteint par les “doigtiers à chatouillement“ avec crêtes dentelées en spirale couvrant toute leur surface, le tout pouvant être coiffé d’un chapeau tyrolien avec plumet.»
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Les préservatifs 1900 étaient des merveilles d’inventivité. En un siècle, il semble que nous n’ayons pas inventé de formes nouvelles. Il semble même que nous ayons renoncé à la fantaisie. Où sont passées les plumes sur les préservatifs en France ?

Plaisirs et Débauches au masculin - 1780-1940, aux éditions Nicole Canet. Textes d’Étienne Cance et de Nicole Canet. Edition limitée à 950 exemplaires numérotés à la main. Relié. 275 illustrations en couleur. 336 pages
(1) «Le préservatif est presque totalement absent de la littérature, même libertine. Au XVIIIème siècle, on ne le signale que dans Les Mémoires de Casanova, dans celles de Bachaumont et dans le troisième dialogue de “La Philosophe dans le boudoir“ du Marquis de Sade. Au XIXème siècle, le préservatif ne se trouve que dans une poésie de Théophile Gautier publiée clandestinement. On le trouve aussi dans le journal des Goncourt sous la forme d’un propos prêté à Léon Daudet : “A l’ouverture de la maison de Hugo, les armoires étaient bondées de capotes anglaises d’un format gigantesque“.» (Source : Plaisirs et Débauches au masculin - 1780-1940).

(2) En Allemagne, les préservatifs sont surnommés “Pariser“. Dans les catalogues, les préservatifs en «caoutchouc dilaté» sont surnommés «Bout américain». 
Agnes Giard pour les 400culs-Liberation

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