POURQUOI DEVENONS NOUS INFIDELES ? PASSAGE A L'ACTE


Surprise : la crise économique mettrait le feu aux couples, et nous serions tentés d’aller nous étendre ailleurs. Mais du fantasme à la chambre d’hôtel, il y a un pas, parfois un gouffre. Qu’est-ce qui nous pousse à prendre le risque de bouleverser notre relation en cédant à la tentation ?
Hélène Fresnel

«Les Français sont de plus en plus ­infidèles. » Pamela Druckerman sait de quoi elle parle. Pendant trois ans, cette journaliste américaine installée en France a étudié l’adultère dans le monde, et le résultat de son enquête approfondie est paru il y a à peine deux mois (1).
Le sujet est d’actualité : à l’étranger, la presse anglo-saxonne assure que la crise économique incite les couples à la tromperie et, en France, une dizaine d’ouvrages ont été publiés sur cette question au cours des six derniers mois. Dans Une enquête amoureuse(2), le dernier sorti, Hélène Risser, jeune romancière d’une trentaine d’années, s’interroge : faut-il ou non se laisser aller à tromper quand on vit avec quelqu’un ?

Nous avons tous été hantés par cette interrogation à un moment ou à un autre de notre vie amoureuse. Mais pourquoi certains franchissent-ils la frontière qui sépare le fantasme de la réalité ? « Ce qui est important dans le passage à l’acte, c’est que l’on ne peut pas faire autrement », résume le psychanalyste Pierre Marie (3). Sans aucun jugement moral, il explique que de nombreuses variables interviennent dans l’urgence à satisfaire cette envie. Bien sûr, il y a le désir qui renverse tout sur son passage. Mais nous sommes aussi poussés par des courants intimes liés à notre histoire personnelle. Revue de détail de ces circonstances qui nous amènent à sauter le pas.


Nous rejouons une histoire familiale

A DÉCOUVRIR

Roman a 42 ans. Il a vécu quatre ou cinq fois en couple et a trompé toutes ses compagnes : « Mes parents ont toujours eu des amants, et je n’ai pas d’enfants. Pour moi, la fidélité n’est pas une valeur. C’est un schéma social, religieux, sociolo­gique qui ne me concerne pas. Je passe à l’acte quand quelqu’un me plaît, que l’on se drague et que j’ai envie de faire l’amour. Je ne le dis pas ensuite à celle que j’aime. » Pour la psychanalyste Elsa Cayat (4), qui reçoit beaucoup d’infidèles chroniques, « quand on passe à l’acte fréquemment, on rentre dans une ­problématique familiale que l’on retrouve et recrée à sa manière. On se met toujours dans les mêmes positionnements, à la même place. »

Lola, 29 ans, est devenue infidèle la semaine où elle a appris que son père avait une maîtresse : « J’avais 18 ans et un petit ami. Je me disais que je ne serais la femme que d’un seul homme. Et puis ma mère a découvert que mon père la trompait. Il n’a pas démenti, il est même parti s’installer avec l’“autre” pendant un moment. Un espace s’est ouvert. J’ai pensé : “On peut vouloir à tout prix être fidèle à quelqu’un, en faire un principe, comme c’était le cas pour ma mère. Et puis, on peut aussi savoir qu’il y a autre chose, transgresser l’interdit.” Je n’ai plus eu envie d’être la femme d’un seul homme. J’ai quitté mon petit ami et j’ai pris trois amants en même temps. » Chacun avait une fonction définie, raconte Lola, l’un pour la dorloter, l’autre pour le sexe, le troisième pour les sorties, mais rien n’allait en fait : « Je cherchais, j’avais envie d’un amour. »

Nous séparons sexe et sentiments

Pour certains, impossible de concilier sentiments et sexe dans le même être. Il leur faut diviser : « Là où ils aiment, ils ne désirent pas; et là où ils désirent, ils ne peuvent aimer », notait Freud (5). C’est « la maman et la putain » ou « le papa et le gigolo ». « Ces hommes et ces femmes n’arrivent pas à concilier les deux aspects de la sexualité avec la même personne : le laisser-aller des sens et la retenue nécessaire à l’idéal », confirme Pierre Marie. Certaines choses sont convenables, d’autres pas. Cette représentation mentale nous vient de l’enfance : l’infidèle répète avec l’« officiel » ce qu’il imagine des relations amoureuses parentales. D’où une telle frustration qu’il passe à l’acte avec un partenaire de l’ombre. Névrosé obsessionnel, il fait l’amour dignement avec sa femme ou avec son mari, et le chérit d’autant plus qu’il se vautre dans la fornication avec un ou une autre : « Les systèmes que forgent les obsédés flattent leur amour-propre, par l’illusion qu’ils leur donnent d’être des hommes meilleurs que d’autres, puisqu’ils sont particulièrement purs et consciencieux », définit Freud (6).
Virginie, 34 ans, a longtemps compartimenté sa vie : « Mon mari avait une libido très basse, le sexe ne l’intéressait pas beaucoup. C’était un peu comme si j’avais épousé mon père. Et puis, il y avait les autres, des amants fugaces que je ne prenais que pour le sexe. Je changeais tout le temps, mais je n’étais jamais satisfaite durablement parce que je ne les aimais pas. »

Nous n’existons que dans la séduction

Marine, 36 ans, ne sortait pas non plus comblée de ces infidélités dictées par un insatiable besoin de séduire. « À un moment de ma vie, je me suis transformée en “belle-de-jour”, se remémore-t-elle. Pendant que mon mari travaillait, je faisais des strip-teases dans des salons spécialisés glauques. Parfois, je “concluais” avec des clients, mais ce n’était pas systématique. Ce qui me plaisait, c’était de sentir leur regard sur moi. » Le passage à l’acte est parfois le symptôme d’une demande hystérique : être reconnu.
Selon Pierre Marie, l’hystérique ne peut pas s’empêcher d’aller voir ailleurs parce qu’il n’existe que dans un incessant rapport de séduction. Il ne vit que dans le regard d’une multitude de personnes et doit constamment changer de partenaire. Comme pour don Juan, c’est la demande d’être désiré par l’autre qui compte : n’importe lequel ou laquelle fait l’affaire. Passer à l’acte n’est important que pour signer la conquête. Il faut en passer par là pour que l’autre soit définitivement séduit, mais le corps à corps est, au fond, secondaire. La consommation charnelle ne sera pas satisfaisante parce que ce n’est pas la jouissance qu’il recherche, mais la preuve de son existence dans l’œil de l’autre.

Notre couple traverse une crise

À notre décision de tromper l’autre préexiste forcément une constante dont nous ne sommes pas toujours conscients : un problème de couple. « Certains infidèles passent à l’acte pour ne pas voir les difficultés. Ils ont besoin d’une autre liaison pour nourrir l’officielle, de compenser pour s’aveugler et ne rien régler. En trompant, ils s’accusent de la dégradation de la relation et se culpabilisent. Ils se rendent responsables de la situation. Ils maintiennent ainsi le fantasme de la perfection du partenaire idéal tout en ayant l’illusion de tout contrôler, de croire que c’est à cause d’eux que rien ne va. Ce phénomène complètement névrotique est très répandu », confirme Elsa Cayat.

Nous passons aussi souvent à l’acte pour ne pas nous dire « Je me suis trompé d’histoire », et transformer en action ce que nous refusons de nous avouer et de verbaliser. Ce peut être un appel au secours : « J’aime mon mari, mais à une certaine époque, notre vie était devenue impossible, se souvient Marion, 40 ans. Il n’était jamais là, s’empêtrait dans une histoire familiale atroce peuplée de suicides, était trop absent, préoccupé. Dans cette atmosphère mortifère, je ne le reconnaissais plus. J’ai eu besoin de vie. Il me fallait de l’air, sinon, moi aussi, je me serais tuée. Je me suis amourachée de mon professeur de danse. C’était une passion très sexuelle. » Elle a finalement rompu avec son amant après avoir longuement discuté avec son époux : « Je ne lui ai pas avoué que je le trompais, mais je lui ai parlé de nous, de notre relation qui s’effilochait. Il a compris, a changé d’attitude, est revenu vers moi. Je ne regrette rien. Notre lien est toujours aussi fort, peut-être même plus qu’avant. »
Le mariage de Delphine, 38 ans, était, lui, terminé : « Je ne voulais pas le voir. Je sortais d’une fausse couche qui avait achevé de nous détruire. Pourtant, Paul et moi avions fait des efforts : nous étions allés voir un psychologue, un sexologue pour relancer la machine, mais rien n’y a fait. » Elle est passée à l’acte avec un homme rencontré par hasard avant de quitter son époux.

Nous sommes submergés par le désir

À une fête de l’école de son fils, Anna, 45 ans, a fait la connaissance de François, un parent d’élève. Au départ, elle le trouvait « juste sympa ». Ils se revoient au hasard de sorties avec des amis communs, en tout bien tout honneur. Un soir, lors d’un dîner, il lui frôle le bras : « J’ai été électrisée. Après, je n’arrêtais pas d’y penser. C’était plus fort que moi, quelque chose que je ne maîtrisais pas. J’ai attendu plusieurs mois et, un matin, je l’ai appelé : on s’est retrouvés dans un café. Je lui ai avoué que je le désirais. Il était stupéfait, m’a dit qu’il avait besoin de réfléchir. Quelques heures plus tard, il m’a rejointe chez moi. Mon mari rentrait trois heures après. J’étais dans une espèce d’inconscience. Je ne culpabilisais pas, j’étais juste inquiète parce que je n’avais jamais trompé Marc, que je n’étais pas sûre de savoir faire l’amour avec un autre. Mais tout s’est merveilleusement passé. Notre adultère a duré de longs mois. Nous avons fini par nous séparer de nos compagnons et par vivre ensemble. »

Quelle que soit la configuration singulière d’une histoire, le poids du passé, des névroses, rien n’exclut la rencontre, expliquent les psychanalystes. Et, dans ce cas, l’infidélité s’inscrit dans la vérité d’un désir. Selon Elsa Cayat, « cela se sent : le mouvement vient de soi et on choisit vraiment l’autre. Nous sommes attirés comme des aimants. Mais c’est plus que de l’attraction phy­sique. C’est un échange, quelque chose qui vit ». Il n’y a pas besoin d’un assouvissement immédiat comme dans le passage à l’acte névrotique. Pas de précipitation : « Le corps à corps peut toujours être différé, assure Pierre Marie. Le simple fait de savoir, de ressentir cette émotion nous suffit. Mais la concrétisation aura forcément lieu, parce que c’est l’urgence de la vie qui s’impose. » Personne ne revient jamais sur le désir. Il relève de l’éblouissement. « À quoi faut-il être infidèle ? À la parole donnée ou à la vérité de son désir à un moment donné de son existence ? » interroge le psychanalyste Charles Melman.

La faute à la crise ?

Les Anglais l’appellent recession sex (« sexe en temps de crise »). Selon plusieurs experts et psychologues anglo-saxons, le taux d’infidélité devrait exploser en 2009 en raison de la crise… économique. D’après David Buss (1), professeur de psychologie à l’université du Texas, aux États-Unis, la récession diminuerait le sex-appeal de notre partenaire, qui deviendrait moins puissant, donc moins attrayant à nos yeux. D’où la tentation de regarder ailleurs. Ceux qui se sentent effectivement mis en danger par la situation économique auraient par ailleurs tendance à chercher du réconfort et une revalorisation narcissique à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur de leur couple, assure le psychologue et thérapeute de couple américain Rich Nicastro (2). À voir…

Témoignage : "Je l'ai trompée pour rompre"

«J’avais une vingtaine d’années. C’était ma première relation importante. On était étudiants. Marie avait cinq ans de plus que moi et elle envisageait quelque chose de sérieux. Je n’étais pas contre, mais j’avais aussi envie de profiter de la vie. Au bout de deux ans, nous nous sommes installés ensemble. J’avais commencé à travailler. Elle continuait sa licence d’histoire de l’art tout en faisant des petits boulots. C’était une fille très sérieuse, organisée. Elle a commencé à me parler d’enfant. Je ne me sentais pas du tout prêt pour la vie de famille. J’ai essayé de m’accrocher à ce modèle qu’elle me proposait parce que le temps avait vraiment soudé nos liens, mais ça ne me convenait pas. Mes copains me disaient : “Attends, à l’âge que tu as, tu ne vas pas t’emmerder avec une nana. Regarde toutes les filles autour de toi. Ne t’accroche pas à une fausse histoire.” Et j’étais sensible à leur discours.
Je me rendais compte que même si ça n’allait pas trop mal à la maison, qu’elle était très amoureuse, je regardais ailleurs. J’ai commencé à sortir, à rentrer tard sans me soucier d’elle. C’était d’autant plus facile qu’elle était passive. Je ne craignais pas ses réprimandes. En revanche, elle pleurait quand je revenais de mes virées. Un soir, j’étais dans un café avec des copains. Ils sont partis. J’ai commencé à discuter avec une femme seule accoudée au bar. Je me suis confié. Je lui ai dit que j’étais en couple et que je ne pouvais pas m’engager. Elle ne m’a pas rejeté. Elle s’en moquait. On est allés chez elle. J’étais très excité. Allais-je ou pas sauter le pas ? Mais après l’avoir fait, tout s’est fané. J’ai éprouvé un énorme regret. Je m’étais laissé aller. J’avais trahi. Je me sentais coupable. Je suis rentré au petit matin. Marie m’a questionné. Je lui ai menti. J’ai revu une ou deux fois ma maîtresse d’un soir, puis j’ai arrêté, mais le ver était dans le fruit. Je rentrais à la maison avec une boule dans le ventre. Je me détestais d’avoir fait ça.
Tout s’est pourri petit à petit. Marie était de plus en plus triste. Au bout de trois semaines, l’image de moi-même que me renvoyaient les conséquences de mon passage à l’acte, celle d’un salaud, d’un bourreau, m’est devenue insupportable. Je lui ai tout avoué et nous avons rompu. Rétrospectivement, je pense que j’ai été piégé par les sentiments de ma compagne et que je n’osais pas tout arrêter. La tromper, c’était rendre la rupture irréversible, parce que ni elle ni moi ne pouvions supporter de faire tomber de son piédestal notre vision idéale du couple. »

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