L'ORGASME PROSTATIQUE : LE POINT P EST IL RESERVE AUX HOMOSEXUELS ?

C’est une pratique sexuelle taboue. Considérée comme réservée aux homosexuels, la stimulation de la prostate est pourtant à l’origine d’orgasmes d’un autre genre. Plus puissants, disent même les hommes qui ont essayé. Retour, avec le sexologue Alain Héril sur le fameux point P. Et témoignage de Rodolphe, l'un de nos psychonautes, sur ce nouveau plaisir qu'il a découvert.
Margaux Rambert

A quoi ressemble l’orgasme prostatique ?


Alain Héril : L’orgasme prostatique relève d’un ressenti intérieur, et non, contrairement à l’habitude chez les hommes, d’une sensation de quelque chose qui va vers l’extérieur. C’est pour cela que souvent, on lui trouve une dimension féminine. Il s’agit aussi d’une sensation orgasmique plus globale : elle touche l’ensemble du corps, et pas seulement la zone essentiellement génitale. Certains ont d’ailleurs tendance à dire que c’est un orgasme plus puissant, plus subtil que les orgasmes habituels. Son autre caractéristique, c’est qu’il n’a pas de dimension éjaculatoire. Même si parfois, il peut être accompagné d’une éjaculation.

Comment y accéder ?

AH : Par stimulation de la prostate. Son accès est relativement facile, si ce n’est qu’il nécessite une introduction anale, soit au niveau manuel, soit par le biais de sex-toys, dont certains ont la spécificité, en stimulant le fameux point P, de provoquer un orgasme prostatique.

Que peut offrir à un homme la stimulation de sa prostate ? Certains parlent d’une véritable révolution, est-ce vraiment le cas ?

AH : Oui, il s’agit d’une révolution dans la mesure où cette pratique bouleverse complètement la représentation que l’on avait de l’orgasme masculin et de la fonction de l’homme dans la sexualité. Là, l’homme devient celui qui est pénétré. Et le plaisir éprouvé est indépendant de toute dimension procréative. Comme pour les femmes, lors de la stimulation du clitoris. Les deux sexes se retrouvent ainsi dans quelque chose de féminin. C’est d’ailleurs un mouvement de fond : alors que depuis des millénaires nous avons, en Occident, fait l’expérience d’une sexualité essentiellement masculine, les choses sont en train de changer. Actuellement, nous assistons à un renversement de valeurs, avec l’idée que la libido est une énergie de type féminin - ce qui est posé depuis des millénaires dans des approches non occidentales comme le tantra - et que les hommes et les femmes doivent se retrouver à l’endroit du féminin.

On pense souvent que la stimulation de la prostate est une pratique réservée aux homosexuels, est-ce le cas ?


AH : Ca l’a été pendant très longtemps car dans la sexualité homosexuelle, il y a naturellement un rapport à l’analité plus direct que chez les hétérosexuels. Mais ces derniers acceptent de plus en plus l’idée qu’il puisse aussi y avoir dans l’hétérosexualité des pratiques anales entraînant des sensations agréables et particulières. En fait, il y a beaucoup de questionnements, de curiosité, mais peu de pratique.

Chez ceux qui ont pu essayer et apprécier la stimulation de leur prostate, la première interrogation est souvent : « suis-je un homosexuel refoulé » ? Qu’en est-il ?

AH : Il y a chez tout être humain ce, qu’en psychanalyse, on appelle une bisexualité psychique. Freud en parlait déjà. Dans la sexualité masculine, il existe donc une part d’homosexualité refoulée. Mais cela ne veut pas dire que tous les hommes sont des homosexuels. La vraie question, c’est : accepte-t-on cette dimension ou non ? Mais ce n’est pas parce qu’un homme ressent du plaisir en stimulant son point P qu’il est homosexuel. C’est simplement qu’il accepte qu’il n’y ait pas une opposition franche entre deux de ses personnalités sexuelles : l’une dominante, pénétrante ; l’autre, passive. Dans la stimulation prostatique, l’homme se laisse faire. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il se dévirilise ou qu’il perd sa capacité à être du côté du dominant. C’est simplement un jeu avec une part plus féminine, plus subtile de lui.

Si la pratique de la sodomie est de moins en mois taboue, la question de l'orgasme prostatique suscite souvent, chez les hommes comme les femmes, une réaction de fort dégoût. Comment l’expliquer ?

AH : Dans notre culture, la région anale reste une zone liée à la saleté, aux excréments. C’est la partie la moins noble du corps. Tant que l’on parle d’analité mais que cela reste abstrait, cela reste acceptable. Mais dès que vous parlez de stimulation de prostate, tout le monde pense que la prostate, il faut aller la chercher, la stimuler… L’analité crée alors des images très précises, ce qui peut entraîner du rejet et du dégoût chez beaucoup de personnes.

Il paraît quand même paradoxal que cet orgasme réputé si puissant demeure en réalité si tabou ; si subversif, même, disent certains…

AH : Pendant très longtemps, on a éduqué les hommes à comprendre que leur plaisir était lié à leur puissance d’érection et d’éjaculation. Ce lien est posé dans l’inconscient collectif masculin. Là, il s’agit de tout à fait autre chose. Beaucoup pensent que s’ils éprouvent du plaisir de cette manière-là, ils ne vont plus en avoir que de la sorte. Mais la stimulation de la prostate est une pratique qui vient s’ajouter aux autres. Elle n’exclut pas la pénétration vaginale et tout ce que l’on connaît de la sexualité.

Pour les hommes qui l’apprécient, il n’est pas toujours évident d’aborder le sujet avec leur partenaire. Faut-il parler de son désir d'explorer cette zone à deux ? Comment ?

AH : Il n’est pas facile d’en parler car cette pratique modifie la vision que l’on a de ce que doit être la sexualité entre un homme et une femme. Et il y a encore beaucoup de femmes qui pensent que c’est l’homme qui les fait jouir, qu’il doit être dominant et elles, soumises. Tout va dépendre de la norme sexuelle que le couple aura mise en place. En fonction d’elle, le discours sera facile ou non. En tous les cas, il ne s’agit pas d’en parler à tout prix, ni de le faire à deux à tout prix. Si le couple a l’habitude de parler de sexualité, de la présence de sex-toys, de lingerie érotique,  de scénarios ludiques, il sera plus facile d’en parler naturellement à l’autre. Mais s’il s’agit d’un couple qui parle peu de sa sexualité, la demande une fois formulée pourra être violente pour la partenaire. Au final, si l’on a vraiment besoin d’en parler, il est bon de le faire de la façon dont on parle habituellement de sexualité.

« J'ignorais que j'étais capable d'une telle intensité orgasmique ! »

Rodolphe, l'un de nos psychonautes, a été l'un des rares à répondre à notre appel à témoins. Il a découvert son fameux point P. Il raconte.
« Il y a 6 ans, suite à des problèmes de dysfonction sexuelle dans ma vie de couple (éjaculation rapide), j’ai consulté un sexologue. Il m’a proposé l'approche dite "sexo-corporelle". Une heure par jour, je devais m'exercer à tendre et détendre certains muscles (cuisses, fesses, périnée), pour prendre conscience de leur existence. C’est durant ces "devoirs thérapeutiques" que je me suis autorisé à explorer mon corps plus intimement.
Et là, j’ai découvert ma prostate ! J’ai tout de suite compris pourquoi les homosexuels prétendaient avoir tant de plaisir dans leurs rapports sexuels. J'ignorais que j'étais capable d'une telle intensité orgasmique ! C'en était troublant. Presque gênant.
Passée la culpabilité (être un homme et jouer avec son anus relève d'une forme d'acceptation qui n'est pas facile d'emblée), j’ai pris plaisir à multiplier les essais, à diversifier les moyens de me stimuler analement.
Associée à la masturbation, la stimulation de la prostate (au doigt ou avec un objet détourné) provoque un décuplement du plaisir sexuel. L'orgasme est plus intense, plus profond, plus long.
Il se manifeste dans tout le corps. En cela, je le pense très identique à l'orgasme féminin.

Cette pratique sexuelle reste personnelle, intime. C’est un peu mon jardin secret. J'ose tout juste suggérer de façon sous-entendue à mes amantes qu’elles peuvent explorer cette zone, mais aucune ne l'a fait réellement. Je ne me sens pas capable de leur formuler une demande explicite. Peur de passer pour un obsédé, un extrémiste… Je ne sais pas exactement ce qui me retient. Mais ce qui est sûr, c’est que le tabou demeure. Comme si les hommes ne pouvaient en parler par crainte d'être jugés "homosexuels".
Ces stimulations anales sont rares. Le point P n’est d’ailleurs pas exclusif dans mon accès à un orgasme intense : depuis que j'accède à ce plaisir, mes orgasmes obtenus par le coït peuvent être également intenses et diffus. Comme si accéder à cette intensité unique m'avait permis de développer ma capacité orgasmique… »

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