LE MARIAGE DE RAISON : CA MARCHE ?


Sans coup de foudre ni passion, les unions raisonnables font leur retour. Surtout pour une génération marquée par les divorces. Souvent plus solides que les mariages d’amour, elles peuvent même faire des envieux.

Anne-Laure Gannac





Je ne connaissais Marie que depuis six mois lorsqu’elle m’a annoncé qu’elle était enceinte : je me suis senti piégé. Je n’ai rien contre l’idée du mariage et des enfants, mais pas comme ça, pas si vite. Après réflexion, la raison l’a emporté. Je n’étais pas amoureux, mais j’ai cédé au nom de mes principes et de mon éducation. Je ne voyais pas d’autre solution. » A 35 ans, Gilles s’apprête à signer pour un mariage de raison, version XXIe siècle. Perpétuant une coutume encore en vigueur dans les pays du monde musulman et hindouiste, il dira bientôt : « Oui, je le veux », en pensant : « Oui, je le dois », « parce qu’il le faut ». Parce que les pressions familiales et morales sont plus fortes.
« Certains couples se marient ainsi par dépit, constate le psychiatre et anthropologue Philippe Brenot(auteur d’Inventer le couple, Odile Jacob, et Les Mots du sexe, L’Esprit du temps). Dépit amoureux, ou dépit de la vie. » Les années passent, et toujours pas de prince Charmant ou de femme parfaite qui vienne frapper à la porte. Alors « dans leur quête de l’autre, ces personnes préfèrent le plus petit dénominateur commun à une recherche illusoire d’un conjoint idéal », poursuit Philippe Brenot.

« Dans cette ambiance actuelle de peur pour l’avenir et d’instabilité économique et culturelle, la famille redevient, chez les jeunes, la principale valeur, d’autant que leur propre famille a souvent été malmenée par les divorces, explique le psychiatre et thérapeute de couple Jacques-Antoine Malarewicz (auteur de Repenser le couple, Robert Laffont). En s’engageant dans un mariage raisonné plutôt que passionnel, ils expriment la volonté d’un retour au cocooning stable. »
Le mariage rassure : beaucoup en viennent à « graver leur nom au bas du parchemin » lorsqu’ils comprennent que l’autre peut leur apporter un confort matériel ou affectif suffisant pour combler l’absence d’amour. Sophie, 45 ans, mère au foyer, raconte : « Je venais de mettre au monde mon troisième enfant. De retour chez nous, mon mari m’apprend qu’il me quitte. Ce que je redoutais le plus au monde m’était arrivé. » Déprimée, subvenant très difficilement aux besoins de sa famille, Sophie est un jour invitée à dîner chez une amie. Au bout de la table, Vincent. « Pour lui, ça a été le coup de foudre. Moi, je ne l’avais même pas vu. Quelque temps après et sachant tout de mon histoire, il m’a demandée en mariage. Dans un état second, je me suis entendu lui répondre “oui”, alors que je n’éprouvais aucun sentiment amoureux. La seule chose que j’avais en tête ? “Il va m’aider.” »

Moins de passion, plus d’ennui ?

 

Mais à quel avenir peut prétendre un couple lancé dans le mariage sans amour ? « Le risque, dans une relation qui n’est animée par aucune étincelle, est qu’avec le temps, au moins l’un des partenaires sombre dans l’ennui et décide finalement d’aller vivre ailleurs l’expérience de la passion », estime Sylvie Tenenbaum, psychothérapeute de couple.

Sarah, 37 ans, témoigne : « Lorsque j’ai rencontré Marc, je sortais d’une relation absolument déplorable avec un bel infidèle. Après plusieurs invitations à dîner, en me vouvoyant, il m’a déclaré sa flamme. Une fois la surprise passée, je me suis mise à raisonner comme si j’avais une calculette à la place du cerveau : bel appartement, fleurs à gogo… Depuis un an, nous vivons ensemble tels un frère et une sœur, moi fantaisiste, lui sécurisant. Pas de problèmes financiers, aucune dispute, mais, en contrepartie, je m’ennuie terriblement. »

Pourtant, tous les mariages de raison ne se soldent pas par un échec. Ainsi, après dix-huit ans de vie commune avec Vincent, Sophie est persuadée de la solidité de son couple : « Au début, la raison l’a certes emporté sur le reste, mais les sentiments sont venus ensuite et, aujourd’hui, je sais que c’est une chance qu’il soit entré dans ma vie. » En fait, la réussite d’un mariage de raison dépend de ce que l’on met derrière le mot "raison". « Il ne faut pas confondre raison et calcul », avertit Jacques-Antoine Malarewicz. Le célibataire motivé par la quête d’un portefeuille, d’un bon parent pour ses enfants, ou par le souci de son image sociale a, certes, des "raisons" pour se marier, mais aucune n’est vraiment "raisonnable". La démarche est purement calculatrice.

Le bénéfice de l’expérience

A l’opposé du calcul, il y a la raison, « et la raison implique la maturité », poursuit le psychiatre. Cela se voit surtout dans le cas d’un second ou d’un troisième mariage : chacun des partenaires tire profit de ce qu’il a vécu pour s’engager dans une relation qui n’est effectivement pas la passion absolue, mais qui est "raisonnable" parce qu’elle se construit sur un certain nombre d’acquis et d’expériences passées.

De fait, ces unions s’avèrent souvent plus solides que celles qui reposent sur la seule base, très fragile, du sentiment amoureux. « La raison de l’amour, c’est l’amour », a écrit le philosophe Vladimir Jankélévitch. Mais est-ce, finalement, une raison suffisante, et surtout fiable ? « Le coup de foudre est une paresse absolue, affirme Jacques-Antoine Malarewicz. Lancés dans l’enthousiasme inconscient de la passion, les partenaires pensent qu’à partir du moment où ils s’aiment, tout est gagné. » Mais quand, après quelques mois, la passion s’atténue et que le couple entre dans la période que Philippe Brenot appelle "le désamour", la relation vacille en même temps que l’unique pilier sur lequel elle reposait jusqu’alors.

Pendant ce temps, les "raisonnables" poursuivent ensemble leur route, à contresens. « En tant que thérapeute de couple, je constate souvent que de nombreux mariages dits de raison deviennent de véritables mariages affectifs, en général après dix ans de vie commune », affirme Sylvie Angel, psychiatre et thérapeute de couple. Le témoignage de Philippe, 48 ans, va dans ce sens : « Si l’on m’avait dit que je me marierais avec Marie-Laure, je ne l’aurais jamais cru ! On s’est connus très jeunes, pendant nos études de médecine ; elle m’a vite fait comprendre que je lui plaisais, mais elle était bien trop “sage” à mon goût. On est tout de même restés amis. Une dizaine d’années plus tard, après deux mariages très passionnels mais ratés, j’ai voulu une relation stable, et je me suis tourné vers elle. Aujourd’hui, je ne me pose qu’une question : “Pourquoi ne l’ai-je pas choisie avant ? !” »
Les partenaires d’un mariage de raison ont certes raté le rendez-vous de la passion amoureuse, propre aux tout premiers temps d’une relation, mais c’est pour faire, plus tôt, la connaissance de son aîné raisonnable : l’attachement, découlant de la démarche constructive du couple. Une expérience que les "mariés par amour" ont, parfois, bien des raisons de leur envier.


Les mêmes chances de réussite sexuelle

Mais si l’attachement affectif peut trouver sa place dans une relation fondée sur la raison, qu’en est-il du désir ?
« On serait tenté de croire que la relation née d’une grande passion est plus intense, donc plus riche sexuellement, que celle fondée sur des intentions rationnelles et froides. Mais c’est une vision idéale et romanesque du couple », affirme le sexologue Jacques Waynberg (auteur, avec David Elia, duGuide pratique de la vie de couple, LGF), directeur de l’Institut de sexologie à Paris. Il constate que les couples reçus en consultation appartiennent tout autant à chacune des deux catégories.
En fait, l’intensité du désir sexuel n’est liée à celle de l’amour que dans les premiers temps de la relation. « Si l’on considère les couples dans la durée, les chances que se développe ou non une bonne sexualité entre les partenaires sont les mêmes, quelles que soient les conditions de départ de leur union, poursuit le sexologue. Car, entre ces deux types de couples, seule l’histoire de la rencontre change, et non celle de leur vie à deux. »

On croit se choisir par amour

 

« “Je te rencontre sur un coup de foudre et je t’épouse le lendemain” : cela serait un véritable mariage d’amour. Mais qui le vit ? Personne. En fait, il n’y a que des mariages de raisons », affirme le psychiatre et anthropologue Philippe Brenot. Pas plus qu’il n’y a de bons mariages de raison sans une forme d’amour, il n’y a de mariage d’amour sans quelque raison. Cela tient d’abord à la nature même du mariage : en tant que contrat social d’engagement, il implique nécessairement une rationalisation de la relation entre les partenaires. Il annonce le passage à une vie "raisonnable" d’époux.
Ensuite, parce que, comme l’explique la psychiatre et thérapeute de couple Sylvie Angel, même les partenaires qui croient se choisir par amour réalisent inconsciemment des mariages arrangés : « C’est un compagnon qui a la même histoire, le même niveau socioculturel, les mêmes valeurs morales, ou qui répare une blessure familiale. » Inconscientes, calculées ou raisonnables, il y a toujours de bonnes raisons pour se marier. Ne serait-ce que le désir de vivre mieux à deux que tout seul !









Questions à Sabine Melchior-Bonnet, historienne et écrivain

“La notion de mariage d’amour est apparue très tard”

Qu’entend-on, à l’origine, par “mariage de raison” ?



Il y a deux idées dans cette expression. D’abord, l’idée que ce sont des mariages arrangés entre les familles, c’est-à-dire qu’ils ne laissent aucune place à la volonté et aux sentiments des partenaires. Ensuite, l’idée de mettre "raisonnablement" face à face deux personnes ayant la même éducation, le même niveau de fortune, la même classe sociale et, en particulier dans l’aristocratie, les mêmes titres.

Quand s’effectue le passage au mariage d’amour ?

Déjà, au XVIIe siècle, l’Eglise tentait de tempérer la situation. Le mariage étant fondé sur le modèle de l’alliance entre le Christ et l’Eglise, il fallait, idéalement en tout cas, qu’il repose sur l’amour et le consentement commun des deux partenaires. Cependant, il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que les mariages d’amour prennent le dessus.

Comment ?

Grâce à la montée du féminisme, qui a donné la parole à la sensibilité et à l’amour, mais aussi suite à l’instauration du divorce en 1884. Paradoxalement, la liberté du choix du partenaire a gagné du terrain en même temps que la liberté de rompre s’est banalisée.

Source : psychologies.com




Autres articles :nouvelles erotiques : la Suisse érotiqueFantasmes, les femmes en parlent

Posts les plus consultés de ce blog

MON MARI ADORE PORTER DES VETEMENTS DE FEMME

Ces femmes qui aiment le sexe

CITATIONS CELEBRES QUI DONNENT ENVIE DE FAIRE L'AMOUR