FANTASMES DE FEMME : ELLES OSENT PARLER


Les yeux bandés, offerte à plusieurs hommes ou à une autre fille… L’imagination des femmes s’envole et leur parole aussi. Analyse des fantasmes féminins par le gynécologue et psychosomaticien Sylvain Mimoun.


Des milliers de couples sont passés par son cabinet. Les maux sont parfois les mêmes, les mots, eux, ont radicalement changé. Et, dans cette nouvelle libération du verbe, les femmes apparaissent comme des pionnières : « Aujourd’hui, elles sont beaucoup plus à l’aise avec leur sexualité, explique le gynécologue et psychosomaticien Sylvain Mimoun. Quel que soit l’âge ou le milieu social, la parole des femmes- s’est très nettement libérée. » Ainsi sont-elles 96 % à déclarer avoir des fantasmes, dont 80 % se disent prêtes à les réaliser, montre l’enquête Ipsos que le thérapeute commente dans son livre.

Elles ont des fantasmes… et elles l’avouent

Aujourd’hui, à la télévision comme dans les dîners, partout on parle de sexe sans contraintes ni tabous. Et on dévoile, sans crainte, sa réalité comme son monde intérieur. « Le fantasme, c’est le sexe à l’état pur, dépouillé des sentiments, explique Sylvain Mimoun. Il y a encore une quinzaine d’années, la plupart de mes patientes me disaient qu’elles ne savaient pas ce que c’était, qu’elles n’en avaient pas. Tout juste connaissaient-elles ceux de leur mari. Elles en étaient d’ailleurs souvent gênées. Aujourd’hui, elles vont plus ou moins loin dans l’imaginaire, mais la majorité d’entre elles fantasment et me le disent beaucoup plus vite. »

Les femmes ont souvent peur de leur propre sexualité

Un peu midinettes, elles s’imaginent avec Brad Pitt, George Clooney, ou avec « le bel inconnu du métro ». Romantiques, elles se rêvent « au coin du feu, avec du champagne et des fraises », ou « enfermées pour la nuit dans le temple de Pétra ». Plus osées, elles voudraient être « l’objet d’un vieux pervers », ou « offertes à une autre fille sous le regard de [leur] homme »… Sur une table de billard, à la machine à café, dans un parking. Prises violemment ou lascivement. Les poings liés ou les yeux bandés, dominatrices ou soumises, c’est selon…
Dans le cabinet du médecin, elles rêveraient désormais à voix haute de chevauchées fantastiques comme elles racontent leurs maux de tête à leur généraliste… Pur fantasme, pour le coup. Car les pudeurs subsistent, malgré tout. Sylvain Mimoun raconte comment le voile s’est levé, ce qu’il protège encore, et comment lui-même avance tout en douceur pour conduire ses patientes à se confier : « Elles ont souvent peur de leur propre sexualité. Notre culture judéo-chrétienne s’est construite sur l’idée que la sexualité féminine était forcément dévorante et impossible à assouvir. D’où les interdits qui ont pesé sur elle pendant des siècles. Les femmes n’en sont pas débarrassées. Mes patientes me disent souvent : “Mais si je commence, je ne sais pas où ça va s’arrêter.”
Pour elles, parler de leurs fantasmes, c’est la dernière marche avant le passage à l’acte. Or, rien ne nous oblige à les réaliser. L’imagination suffit parfois et elle n’est pas dangereuse. Par ailleurs, elles ont souvent peur d’être prises “pour des folles”, comme elles disent. Elles se demandent si elles sont “normales”. Mais, en la matière, il n’y a pas de norme, de bons ou de mauvais fantasmes. Enfin, quand elles sont plus jeunes, elles mélangent l’acte et la pensée : “Avoir un fantasme, c’est le début de l’infidélité.” »

Elles en discutent avec leur partenaire

« Elles en parlent aussi plus facilement à leur compagnon. Je vois d’ailleurs de plus en plus d’hommes se plaindre que leurs partenaires aient des fantasmes trop assumés, trop exprimés, et qu’elles en fassent part en employant des mots trop crus?! En quelques années, l’équilibre s’est profondément modifié, tant en paroles qu’en actes », révèle Sylvain Mimoun.
D’abord, il faut prendre le temps de trouver un langage commun. Et, puisque hommes et femmes- ne parlent pas tout à fait la même langue, l’apprentissage doit se faire en douceur. « Le fantasme n’est pas une recette que l’on peut lâcher à l’autre de but en blanc, prévient le médecin. La sexualité est déjà une question délicate. Là, on touche à l’intimité la plus profonde de chacun. Lorsque l’on devient trop technique, ou dirigiste, c’est l’échec assuré : la porte se referme. Un couple doit laisser son dialogue amoureux s’installer dans le temps. C’est une histoire que l’on se raconte à deux, à mesure que la confiance s’installe. Il faut lancer des perches, et attendre de voir si l’autre les saisit avant d’aller plus loin. Un mot de travers, et le charme peut se rompre. Surtout, lorsque le fantasme se joue en stéréo, il faut se tenir prêt : une parole va en appeler une autre. » Or, à cette surenchère verbale s’ajoute la question du passage à l’acte : « À deux, le fantasme ne va plus suffire. On va vouloir essayer… Et pour supporter le passage à la réalité, avec ses risques de désillusions, il faut être au diapason. Sans compter qu’à son tour un fantasme va en appeler un autre. L’escalade est inévitable. » Il faut en avoir conscience. Avoir conscience aussi de ses propres limites.

Et quand elles n’ont pas de fantasmes ?

Et si nos limites étaient telles qu’elles empêchaient le fantasme lui-même ? Et si nous n’avions pas de fantasmes ? Impossible, selon Sylvain Mimoun : « Tout le monde rêve, sans forcément s’en souvenir. Pour les fantasmes, c’est la même chose : toutes les femmes en ont. » Pour des raisons diverses, certaines en ont simplement moins conscience que d’autres. « Il n’y a pas de règle en la matière. Rien n’est obligatoire. Mais le fantasme est un facilitateur de sexualité, il est le meilleur moyen de se connaître et d’avoir du plaisir. Je conseille donc à toutes celles qui ne seraient pas épanouies sexuellement de stimuler leur imaginaire. »
Lire des livres, regarder des films, sans sauter les passages érotiques. S’y arrêter, au contraire, et observer ses sensations. Comprendre ce qui nous stimule. Sentir ce qui nous séduit. « Il faut se familiariser d’abord avec ces sensations, et comprendre ce qui les provoque. Ensuite, pendant le rapport amoureux, il suffit souvent de convoquer ces souvenirs émotionnels pour ressentir à nouveau ce plaisir. » Et à toutes celles qui auraient encore peur, Sylvain Mimoun rappelle sa formule fétiche : « Le fantasme est une caresse de l’esprit. »

Une enquête inédite

A DÉCOUVRIR

Ce que les femmes préfèrent : première enquête sur le désir féminin de Sylvain Mimoun
(Albin Michel, 200 p., 15 €).
Plus de mille cinq cents femmes interrogées par Ipsos parlent de leur rapport au désir, de leurs inquiétudes quand il fluctue, de leurs bonheurs quand il est au rendez-vous de l’amour, de leurs fantasmes. Le gynécologue et psychosomaticien Sylvain Mimoun, à la lumière de ce sondage et de ses décennies de pratique, décrypte ce qu’elles disent… et ce qu’elles ne disent pas.

Marie-Laure Déroff : “Les femmes voudraient en dire encore plus”

Sociologue, chargée de recherche à l’université de Brest-Bretagne occidentale, auteure de Homme-femme : la part de la sexualité (Presses universitaires de Rennes, 2007).
« Nous vivons une époque très ambiguë. Les magazines féminins ont tous leurs “guides sexo” avec des injonctions accrocheuses en une : “Libérez-vous?!” Mais, dans les pages intérieures, on rappelle que les femmes ont besoin de sentiment quand les hommes seraient plus pulsionnels. On ne se débarrasse pas si rapidement d’un héritage judéo-chrétien vieux de plusieurs siècles. Les femmes étaient au service des hommes, leur sexualité aussi. Donc elles se taisaient. Mais peut-être n’avaient-elles même pas de fantasmes : on ne parlait pas de sexe en public, donc on ne savait pas qu’une autre sexualité pouvait exister.
Le clivage féminin-masculin perdure. Celles qui vivent une sexualité débridée restent des “salopes”, les hommes sont toujours des don Juan. Nous le disons moins, parce que nous nous voulons modernes, mais le ressenti n’a pas changé. Les femmes -elles-mêmes adhèrent à l’idée d’un “bon modèle” de sexualité féminine. Si ce n’est dans la pratique, du moins dans le discours. Bien sûr, elles parlent plus qu’avant, mais sans doute voudraient-elles en dire encore plus… Toutes les enquêtes montrent un rapprochement des hommes et des femmes dans leurs pratiques sexuelles au cours des dernières décennies. À terme, nous pourrions donc voir émerger une sexualité parfaitement semblable, avec des fantasmes aussi nombreux pour les uns que pour les autres, voire des fantasmes similaires. Ces différences ne sont pas indépassables par nature. Mais culturellement, si. La société a besoin de normes sexuées?; l’altérité, c’est le fondement même de l’hétérosexualité. Le vrai progrès serait pourtant là : se libérer de ces modèles uniques, et pouvoir jouir de sa sexualité en toute autonomie. »

Alexandra Choukroun : “ Les femmes parlent pour faire comme tout le monde”

Psychologue clinicienne, thérapeute de couple, auteure de Si tu m’aimes, trompe-moi?! Pourquoi sommes-nous infidèles ? (L’Archipel, 2005).
« Plus qu’à une libération, on assiste à une véritable surenchère. Le discours public pousse au “toujours plus”, il faut chercher toujours plus loin de quoi nourrir sa libido. Les femmes participent à cette course : elles savent que leurs fantasmes excitent les hommes, c’est sans doute aussi pour cela qu’elles en parlent, pas forcément pour elles-mêmes. Mais aussi pour “faire comme tout le monde”. Internet et les médias ont banalisé le porno, et la parole qui va avec. Les jeunes filles que je reçois tiennent des propos très crus, affichent une sexualité très semblable à celle de leurs camarades masculins… Dans l’intimité, je ne suis pas sûre que ce soit si simple.
Certes, les sexualités féminines et masculines se rapprochent, mais une femme ne sera jamais un homme ! Leur éducation, d’abord, reste vraiment différente. Les petits garçons sont très vite poussés à l’action : les pères sont très fiers quand ces derniers abordent des petites filles dans les jardins d’enfants. Les petites filles, elles, sont incitées à la pudeur, comme si elles avaient quelque chose de précieux à préserver. Et ce n’est pas faux : l’autre grande différence est morphologique, donc profondément psychique. La femme se fait pénétrer, c’est loin d’être anodin. Physiologiquement, son plaisir et son désir s’installent dans le temps : il “monte” et “redescend” lentement. Ses zones érogènes sont plus étendues. Son univers fantasmatique est de ce fait plus riche. Plus scénarisé aussi, à cause de ce facteur “temps” : elle a besoin d’installer une atmosphère, avec un partenaire privilégié. Un homme et une femme ne peuvent donc pas fantasmer sur les mêmes choses, ni en parler de la même façon. Ils peuvent en discuter, trouver des terrains d’entente. Mais, au départ, ils seront toujours différents. Même si la société change. »

Annie, 45 ans : “À 40 ans, je me suis découverte, totalement désinhibée”

« Je me pensais épanouie, sexuellement libérée, bien dans mon couple, dans mon corps et dans ma tête. J’étais sûre de me connaître intimement. Et je me croyais heureuse : après vingt-cinq ans de vie commune, mon mari et moi étions toujours complices, aimants, tendres… Mais nous n’étions que cela. Ronronnants. Dans l’intimité, il ne se passait plus grand-chose. J’aurais bien voulu, parfois, tenter de pimenter cette sexualité sans surprise. Je m’imaginais les yeux bandés, en compagnie d’un inconnu, sous le regard de mon conjoint. Ou je l’imaginais lui, attaché aux barreaux du lit, et je lui sortais le grand jeu… À plusieurs reprises, j’ai essayé de lui en parler. Aucune réaction : il est plus pantoufle que passion. Je rêvais de sexe, il me parlait de sport. Je voulais des caresses, il me répondait par un échange de cinq minutes chrono?! Je n’ai pas insisté, par crainte de passer pour une excitée ou pour une perverse. Je ne me sentais ni l’une ni l’autre : juste une femme, encore jeune, c’est tout. Malgré ou peut-être à cause de toutes ces années de vie commune, cela n’était pas évident d’en parler avec lui. Difficile, dans ces conditions, de maintenir la flamme.
Il y a quatre ans, j’ai rencontré un homme… mon amant depuis. À 40 ans, je me suis découverte, totalement désinhibée, belle dans le regard de l’autre. J’ose enfin exprimer ce que je veux. Et il écoute. Je lui demande des choses que je n’aurais même pas pensé évoquer avec mon mari. Notre entente est parfaite, tant sexuellement que spirituellement. Nous aimons l’amour et les jeux de l’amour, et nous en parlons librement. Nous nous racontons tous nos fantasmes, le plus naturellement du monde. Mais sans entrer dans les détails, sans se dire, surtout, si nous les réaliserons, ni où, ni quand… L’imaginaire, le suspense et le désir font le reste. Nous en avons assouvi certains, toujours avec bonheur. Nous en connaîtrons d’autres. Et puis, un jour, ça s’arrêtera : nos enfants sont notre priorité, pour l’un comme pour l’autre. Mais nos rendez-vous ont cette intensité justement parce qu’ils sont rares, sans demandes ni conditions. Notre histoire est belle, même en pointillés… Alors, quand elle prendra fin, je dirai malgré cela merci à la vie. »


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