POURQUOI LES FEMMES DOMINENT LE MARCHE DU SEXE

Bonjour à toutes et à tous,

Voici un article écrit par Agnes Viad pour Sexe.blog.liberation.fr. Cette auteure que nous apprécions a une biographie des plus interessantes.
Agnès Giard. Auteure de livres, journaliste et docteur en anthropologie, Agnès Giard a d'abord travaillé sur les nouvelles technologies, les artistes underground et la culture populaire japonaise avant de s'intéresser aux sexualités. En 2000, elle devient correspondante du magazine japonais SM Sniper et y collabore pendant plus de dix ans. En 2003, elle publie un livre d'art au Japon :Fetish Mode puis entame une série de recherches qui seront publiés en collaboration avec des artistes contemporains japonais tels que Tadanori Yokoo, Makoto Aida, Toshio Saeki, etc. Son premier ouvrage, L'Imaginaire érotique au Japon, traduit en Japonais, est classé au 4e rang des meilleures ventes de livres étrangers. Suivent un dictionnaire (Dictionnaire de l'amour et du plaisir au Japon) puis un livre de design répertoriant objets de culte, gadgets et sextoys étonnants (Les Objets du désir au Japon). Agnès Giard publie ensuite, grâce à la Villa Kujoyama, une anthologie critique : Les histoires d'amour au Japon. Des mythes fondateurs aux fables contemporaines. Le prochain livre à paraître – fruit de trois ans d'enquête dans le cadre d'un doctorat à l'Université de Nanterre – portera sur les love dolls… prélude à de nouvelles recherches sur le lien entre les poupées, l'amour et la mémoire au Japon.

Voici l'article qui nous interesse aujourd'hui :
Pourquoi est-ce que les femmes ont plus de facilité que les hommes à réaliser leurs fantasmes ? Pour l’écrivain Dunia Miralles, qui dissèque l’âme humaine dont fait partie la mécanique du sexe, il est à espérer que tout cela change et que les femmes soient, elles aussi, obligées de faire le premier pas… elles aussi confrontées à la possibilité qu’un homme se refuse. Ce serait «la vraie égalité», dit-elle.
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Dans ses romans à charge, inspirés de faits réels, Dunia Miralles fait la traque aux quiches. Elle ne supporte pas ces femmes qui jouent les divas, agitant le susucre de leur précieuse petite personne devant un parterre d’hommes qu’elles bafouent.
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Il faudrait en finir avec ce système injuste, dit-elle, injuste autant pour l’homme-chasseur, —forcé d’exhiber compétences, statut social, Rolex et moumoute pour draguer— que pour la femme-objet de désir, forcée de dire«non» à ses propres envies pour ne pas avoir l’air d’une salope. Ce petit jeu stupide n’a que trop duré, pense Dunia. Le problème… c’est que pour y mettre fin, il faudrait d’abord savoir pourquoi ce jeu-là se perpétue depuis si longtemps. Pour quelles raisons les femmes sont-elles en position de force sur le marché du sexe ?

C’est plus facile pour elles parce qu’il y a moins de femmes en quête de «plan cul»

«C’est la loi de l’offre et de la demande. Dans le petit monde des personnes qui vont jusqu’au bout de leurs fantasmes —ou qui tentent d’y aller— les hommes sont nombreux et les femmes rares. Quand une femme a un fantasme, même si son fantasme est élaboré, il est presque certain qu’il lui faudra peu de temps pour le réaliser. En revanche je connais des hommes qui cherchent depuis des années à réaliser des fantasmes basiques, comme avoir des relations sexuelles avec deux femmes à la fois, sans parvenir à trouver de partenaires. Pour une femme il est facile de réaliser ses fantasmes à condition qu’ils n’englobent pas de partenaire féminine. Par ailleurs, —contrairement à ce que les femmes imaginent—, pour un homme le physique n’est pas primordial. Il suffit de montrer une certaine disponibilité.Les femmes sont beaucoup plus exigeantes avec les physique des hommes, que les hommes ne le sont avec le physique des femmes. (Je ne dirais pas la même chose si nous parlions d’amour, dans ce cas pour une femme le physique devient moins important. Mais c’est un autre sujet.)».

Il y en a moins, parce que les femmes ont peur d’être stigmatisées

«Les femmes sont depuis l’enfance «dressées» à la passivité. Une femme qui ose dire à un homme qu’elle passerait volontiers un moment sexe avec lui est souvent mal perçue par autrui. La femme a donc peur de passer pour une pute avec tout le poids et l’opprobre que suppose ce mot».

Il y en a moins, parce que les femmes ont peur d’être «rembarrées»

«Par ailleurs sortir de la passivité c’est se confronter à la réalité de ce qu’est l’homme (mâle) : un être humain qui n’a pas forcément envie de sauter tout ce qui bouge, contrairement aux idées reçues. C’est une personne qui peut dire «non» remettant ainsi en question le sex-appeal qu’une femme imagine avoir. On apprend aux fillettes et aux femmes qu’elles ont un truc hyper précieux entre les jambes. Une chose que TOUS les hommes convoitent et qu’ils ne savent pas refuser. Or c’est faux. Les hommes savent très bien se refuser aux femmes qui leur font des avances, pour des raisons qui leur appartiennent, que ce soit parce qu’ils sont fatigués ou parce qu’ils ne les trouvent pas à leur goût. De plus, contrairement à une croyance assez répandue qui affirme qu’un homme peut coucher juste pour le sexe, beaucoup ont besoin d’être amoureux pour passer à l’acte. Beaucoup d’hommes aussi se conduisent en petites allumeuses qui te chauffent à mort et te laissent en plan lorsque le moment de baiser arrive. Cette dernière catégorie est d’ailleurs extrêmement répandue ce qui surprend énormément quand on se lance à faire le premier pas. Ciel ! Les hommes sont capables de se conduire en pétasses. Voilà qui chamboule les idées reçues. Et tous ces«non» sont durs à avaler pour l’égo quant on nous a appris qu’un mec couche avec tout ce qui bouge. Probablement plus que pour un homme à qui l’on enseigne qu’une femme qui couche est une pute. Pour l’homme, une femme qui dit «non» sera une femme respectable, alors que les femmes ont tendance à prendre un «non» pour une offense personnelle. «L’homme, qui est supposé baiser tout ce qui passe s’il en a l’occasion, vient de nous remballer NOUS et notre précieuse petite chatte, ce «trésor» qu’ils devraient tous convoiter ?!.» Forcément ça remet en cause notre féminité. Or, si l’on exige l’égalité, il faudrait commencer par apprendre et accepter qu’un homme a aussi le droit de nous dire «non» et de se conduire en allumeuse».

Il y en a moins, parce que les femmes sont des collabos de l’inégalité


«Il est d’usage d’accuser les hommes de tous les maux mais les femmes sont largement complices de ce système d’inégalité. A commencer par les mères qui aiment si possessivement leurs petits garçons qu’elles leur apprennent –souvent inconsciemment mais parfois aussi dans une sorte de continuité culturelle- que toutes les femmes sont dangereuses et qu’aucune, de toute façon, n’arrivera à leur cheville. Le «Toutes des putes sauf maman» est encore à l’ordre du jour. Force est de constater que l’ébauche de féminisme du 20e siècle n’a pas changé grand chose au cœur de la plupart des familles. Les femmes continuent d’élever les enfants pendant que les hommes bricolent la bagnole ou surfent sur internet. De plus les femmes sont les premières à lyncher une femme qui ne se conforme pas aux règles tacites établies. Primo parce qu’on pourrait voler leur bonhomme. Deuxio : parce qu’on pourrait leur ravir leur fils. Ce faisant elles fabriquent des hommes identiques à ceux du 19e siècle et s’enferment elles-mêmes entre les quatre murs de l’étouffante bienséance».

Il y en a moins, parce que les femmes attendent la permission

«La liberté, ELLE SE PREND. Si on attend, on peut crever la gueule ouverte, on n’obtient rien. Comme tout, la liberté sexuelle a un prix. Ce prix, la plupart des femmes refusent de le payer. Ce prix c’est l’incompréhension et le rejet de ceux qui se conforment aux règles. C’est être une pute pour les hommes —pas pour tous heureusement, ceux qui possèdent une cervelle sont plus nombreux qu’on ne croit— et perdre l’amitié des femmes qui auront peur qu’on leur pique leur mec. C’est aussi se mettre à dos les féministes traditionnelles qui voient les hommes comme le mal incarné et qui pensent qu’une fellation, une levrette et parfois même une pénétration sont des actes de soumission, de même que donner trop de plaisir à trop d’hommes. Pour moi, une femme peut dominer à quatre pattes. Ceci dit quand on donne un coup de pied dans les normes on s’aperçoit que l’entourage est moins figé des neurones qu’on ne l’imagine et puis au fond, notre vie… tout le monde s’en fout. On s’était mis un carcan autour du cou par pur souci de bienséances. Et parfois c’est déprimant de constater à quel point, durant des années, nous avions cloué le cercueil de notre vie…».

Il y en a moins, parce que les femmes assimilent les compliments à une agression

«Je suis d’origine espagnole. En Espagne tout le monde s’adresse à tout le monde en disant «preciosa, hermosa, cariño, guapo». Je trouve agréable d’aller au supermarché et que la caissière (ou le caissier) me dise «cariño». Ce que je déteste de la part d’un homme c’est la vulgarité, le désir de s’imposer à tout prix, s’il m’adresse un compliment avec une sorte de paternalisme condescendent ou s’il me donne l’impression que je suis une une proie à mettre sur son tableau de chasse. Tout est dans le ton et la manière. Mais effectivement, si c’est fait avec savoir-vivre, je ne comprends pas qu’on se plaigne d’être abordée. Il faut bien commencer à tisser des liens d’une manière ou d’une autre. Mais les femmes ont tendance à penser que les hommes devraient lire dans nos têtes. «Toi je ne te veux pas, me cause pas. Toi je te veux, ramène ta fraise.» Si elles essayaient de faire le premier pas elles s’apercevraient vite que «séduire» en abordant l’autre, chose à laquelle les hommes sont contraints, est un art difficile. Or les hommes sont souvent timides, et là où se faufile la timidité se glisse souvent la maladresse. En tant que femme, lorsqu’on commence à se conduire comme un homme bien dans sa peau, qui tente la séduction sans attente précise et sans volonté d’absolument «conclure», on s’aperçoit que les relations avec les hommes, y compris dans le domaine amical, se simplifient».

Il y en a moins, parce que chacun y trouve son compte

«Je crois que c’est le revers de la médaille d’une société patriarcale dont on a du mal à se défaire. Les hommes ont peur de perdre du pouvoir et les femmes de n’être plus adulées. Désirées. Respectées. Du coup tout le monde campe sur ses positions. Pourtant si l’on simplifiait l’idée du sexe, si on le classait dans les activités ludiques plutôt que dans les choses taboues à ne pratiquer que par amour dans un cadre conjugal, cela lui enlèverait le pouvoir surfait qu’il détient. Harceler une personne sexuellement dans le cadre de son travail serait plus difficile et se remettre sur pied après une agression sexuelle plus facile, à titre d’exemple. Les hommes sont enfermés dans leur rôle et les femmes se maintiennent dans le leur. Or il y a souffrance des deux côtés. Ce qu’il faudrait commencer à réaliser c’est que libérer la femme de 5000 de soumission c’est aussi libérer l’homme. Les hommes pourraient enfin savourer un massage prostatique sans avoir peur de passer pour un gay et les femmes pourraient passer du rôle passif au rôle actif sans craindre pour leur réputation».
Bibliographie : Swiss trash, roman, Éditions Baleine. Actuellement épuisé, réédition prévue dans quelques mois aux Éditions de L’Âge d’Homme. Fille facile, recueil de nouvelles, Éditions Torticolis et frères. À paraître : Inertie, roman. Publication en septembre 2014 en Suisse, en janvier 2015 en France. Éditions de L’Âge d’Homme. À LéaX et Plus, recueil de nouvelles, publication en attente d’éditeur.
Illustration : photo de Gilles Berquet. Avec Mirka Lugosi.

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