Mon amant virtuel et onirique, nouvelle érotique de Valouté34

Le silence fait parfois plus de bruit qu’une voix. Il me faut savoir m’en échapper, trouver l’apaisement dans la coupure du temps, l’infime fébrilité de la souplesse de l’air.

Dans ce mutisme obligé, je retiens des parfums et des corps. Je sais que de l’autre côté des murs blancs le temps fabrique des toiles de distance et des moitiés d’étoiles, et des moitiés de mots. 
Le regard brillait-il davantage sous les lumières tamisées de l’enfance même si les sorcières s’y dissimulaient ? 

Mes amants ont tracé des ombres étranges sous la flamme des bougies. Leurs mots, je m’en faisais des colliers de perles, colliers de chien, rubans, tresses, sangles, fouets, chaînes. Ils savaient ô si bien gémir, chuchoter, crier, rire mais rarement me faire vraiment jouir. 

Mes cris eux, restaient bâillonnés au fond de mon sexe. 

De l’homme bohème à l’homme-quotidien, une quête, des révoltes. Et parce que la solitude a ses degrés et me croyant être au plus haut de sa thermométrie, j’ouvrais la bouche pour mieux les déguster, les dévorer, les sucer comme un bonbon acidulé, m’ingéniant à les vouloir barbiche de Landru entre mes cuisses brûlantes et humides et ne léchant que mon silence !

J’émiettais les hommes derrière moi pour mieux retrouver mon chemin. 

Et repartir en chasse. 

Mes fantômes ricanent, j’osais leur parler de jouissance!

J’ai longtemps mâché le pain, l’ai laissé rassir dans ma bouche, je l’ai craché derrière moi, par-dessus mon épaule, comme un mauvais sort. Dans le bois de charme j’ai soulevé ma jupe rouge, danses charnelles, semences chronométrées, jeu des marées au rythme accéléré de leurs poussées. Jusant. 
Le sable dévasté, humide d’un reste d’écume. Le soleil brillait, je ne m’en apercevais pas. Jouant les passe-muraille, mes fantômes venaient ainsi me visiter, puis à l’heure des poubelles s’enfuyaient en sarabandes grotesques, emportant avec eux, lambeaux de plaisir, parcelles de désir, poussières de déception, griffures de peine. 
Des déchirures invisibles, et juste un peu de sable humide entre mes cuisses.

Débiteurs de rêves diurnes ou nocturnes, bradeurs d’émotions floues, vendeurs à la sauvette de fantasmes en tout genre ; leur prix était celui de mon imagination. Car au marché des corps on évalue, on soupèse, on compare. Pour le prix d’une jouissance, d’une émotion, d’un oubli ? C’est l’amour sans amour, une nuit où se retrouvent les sexes en location.
Le temps passe, je finis par rencontrer un homme avec qui j’ai envie de faire un bout de chemin. Les années défilent : cinq ans, dix ans, vingt ans...

Et puis un jour, c’était un matin de brume humide apportée par la mer, venant de Palavas je crois.
Elle est arrivée. 
Il y quelques mois j’ai eu quarante cinq ans.
Et elle est arrivée, la grande prêtresse, la grande traitresse, la grande détresse. « MENOPAUSIA »
Du grec « Méno » : arrêt, pause, moins. 
Age climatérique. Dépression des ovaires. Retour d'âge. 
Combien de termes barbares pour la définir ?
Bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, tensions mammaires, irritabilité, métrorragie. Quoi d’autre encore? 
Et que me veut-elle? Je l’avais pourtant accueilli sereinement...

Dans la rue je regarde soudain ces femmes et ces hommes vieillissants avec effroi. 
Peau anémiée et mollassonne comme du chewing-gum trop malaxé. Pattes d’oie griffées autour des yeux, ridules tricotées, peau fatiguée du cou qui pend comme une vessie déshydratée, petits poils incongrus, duvet envahissant... Et les orbites qui se creusent comme avalant peu à peu l’œil aux reflets délavés, le tirant vers l’intérieur, vers l’ombre de sa caverne, là où la nuit devient définitive. Les cheveux ont blanchi, gris-blanc, blanc-jaune ou malhabilement teintés, tirant sur le mauve ou jaune-pisseux. Les racines mourantes refusent l’embellissement des châtains et auburn. 
Le corps penche en avant, bientôt perclus de rhumatismes, grignoté d’ostéoporose. Le sol n’est plus très loin. Il s’ouvrira, il se refermera. 
Prendre soin de soi, masquer les effets du temps, est-ce encore possible?
Foutaise, il est trop tard ! 
Le vêtement se fait ample pour cacher le ventre qui gonfle, les seins qui dégoulinent. Et cette neige brune sur les mains, comme le lent pourrissement d’une viande au soleil. Les veines bleus, saillantes, petits asticots affamés, déjà là...
J’imagine ces sexes mous. Fébriles sous les caresses ridées. 
Je n’ose imaginer ces vieux corps enlacés...
On se dit : les vieux c’est eux, mais les vieux pourtant : c’est nous. Bientôt...
J'ai peur
Car oui, Elle est arrivée, Elle est bien là: Ménopausia... mais pas tout à fait comme prévu...
Diminution de la libido? Sécheresse vaginale?
Mais la grande prêtresse semble vouloir être mon amie... Tout de noir voilée elle me chuchote à l’oreille:
— Tu es belle, regarde moi ces seins murs à en éclater, ce regard intense et bouleversé...petite....Laisse le brûler pour toi...petite...
Puis soudain sa belle et grande bouche rouge sang ricane:
— Dépêche toi de séduire, le temps t’est compté, tu le sais... petite...Vois comme déjà tes chairs s’amollissent...

Tout à coup mon sexe me fait mal, quelque chose s’écoule. 
Un tsunami se déverse dans ma petite culotte en coton. Je mouille infiniment !
Puis une fulgurance remonte de mon bas-ventre jusqu’à mes seins. Mes seins gonflent et mes mamelons sont en érection, ma gorge se noue et s’essouffle, j’ai une furieuse envie de baiser !
Ménopausia m’a trompée, possédée! Je suis Aphrodite, Lilith, sirène Odyséenne...ou hystérique? Depuis qu’elle m’a instillé son venin, son élixir, je n’arrive plus à lire, à dormir, à suivre une conversation trop longue, je ne pense plus qu’à mon envie irrépressible de baiser... Baiser... BAISER ! 

Alors un soir, un soir très doux de mai, après avoir écouté en boucle : « Stratégie de l'inespoir » de H.F. Thiefaine, je me décide. 
J’attends que la nuit floute les rues et les visages, délaissant jean et tee-shirt, je revêts une courte jupe noire, un shorty en dentelle, des bas noirs et un corsage sombre, ample et très échancré. Je me maquille avec soin, pas de mascara ni de fard à paupières mais du khôl qui coule et me donne un regard plus intense, plus profond. Pas de fond de teint qui plâtre le visage, juste une légère poudre « bonne mine ». Puis un rouge à lèvres carmin qui me donne une bouche plus sensuelle. Glisse dans mon sac à main quelques préservatifs perlés ou Happy Popper achetés dans une boutique coquine de l’Ecusson. 
Je le reconnaitrai.
Il pétrira mes seins et mes fesses de ses mains larges et brûlantes, enduira mon corps d’huile parfumée, je mordrai sa chair ambrée, j’avalerai son gland humide, et une grande goulée de lait viendra, mêlant sucs et semence entre mes seins et sur mes lèvres. Me rassasier, enfin ! J’ouvrirai grand mon sexe et absorberai sa queue toute entière. Nous partagerons nos gémissements et nos cris dans la même bouche. La jouissance sera inéluctable. 

Durant un mois je fréquente les vernissages, les bars musicaux... – Mon mari me laisse faire, il a compris, ne veut pas me perdre.
Mais... Rien !
Trop jeunes, trop vieux, trop cons, aucun de mes congénères masculins n’a grâce à mes yeux. 
Et puis un après-midi...
Absorbée par le nouveau livre de E.L. James, je ne le vois pas venir. J’entends sa voix un peu rauque de fumeur. 
— Il est bon ?
Nos regards se découvrent, s’accrochent, mes pupilles explosent.
— Quoi?
— Le nouveau James...
— Il existe en effet de nombreuses variantes chromatiques à la couleur grise...
Il a souri. 
Je ne sais plus combien de temps nous avons parlé, si le café qu’il m’a offert au distributeur était aussi mauvais que d’habitude, si le champagne qu’il a commandé par la suite dans un bar situé dans je ne sais quelle rue sainte de Montpellier incitant au pêché – Rue St Roch? Rue des Sœurs Noires ? Place St Côme? – était trop pétillant ou légèrement sucré. 
Je ne sais plus comment cette histoire folle a commencée.
Je baise son regard un peu fatigué, ses joues mal rasées, je baise sa voix rauque et brusque jusqu’au plus profond de sa bouche. 
Sa chemise gris-anthracite est entre-ouverte sur mes lèvres qui l’écarte comme un rideau de théâtre. 
Son ceinturon de cuir a l’odeur de l’écorce, liane, elle enlace ma taille.
Sa langue trace sur tout mon corps des sillons luisant, puis me fouille longuement, avec acharnement, délivrant enfin mes gémissements les plus intimes. Sa queue cherche comme la racine une zone humide, puis se tend, verticale. Brille dans sa chrysalide de latex – me pénètre dans un lent et appuyé va et vient, forçant mes contractions affolées qui la suce, l’aspire, l’avale toute entière. Je la sens se gorger de sève, gonfler, éclater ! Son râle animal explose dans le bâillon de mes cheveux. Secouée de spasmes je crie, je hurle comme jamais encore. 

« Il caressa mes poils pubiens
Il arrosa le bas de mon ventre
Il posa ses mains sur ma sainte vulve 
Il lissa mon bateau noir avec sa crème
Il accéléra mon bateau étroit avec son lait
Il me froissa sur le lit. »

The Courtship d'Inanna et Dumuzi
  
— Comment fais-tu? Je ne savais pas qu’une telle jouissance existait...
— Et toi, comment fais-tu? Tu me rends fou...petite. 

Nous nous revoyons presque tous les jours, je trouve toujours un « créneau », matin, après-midi, soir... Nous allons à l’hôtel, jamais chez lui – parfois il s'absente mais réapparait toujours, à l’improviste ou lorsque n’y tenant plus je lui envoie un SMS (Sexy-Message-Sexe) et ma jouissance est toujours aussi intense. 
Il est professeur, peintre, flic, informaticien, romancier, chercheur...qu’importe.
Il est en tout cas divorcé – c'est plus pratique. Il vit dans un mas au détour d’un village un peu éloigné du centre-ville – sa grotte où il se ressource au silence seulement rythmé en été par le chant des cigales, et à la téquila citron vert. 
Il n'a guère de curiosité pour ses congénères, n’aime pas le bruit inutile; il lit Rabelais, Baudelaire, Onfray. Mon amant apprécie malgré tout la vie nocturne de l’Ecusson, et ses rencontres improbables. 
Tout cela semble bien précis, n’est-ce pas ? 
Il m’offre toujours du champagne. Il dit que c’est la boisson des Dieux, les vrais, ceux qui n’existent pas. Il dit que ma cyprine est aussi la boisson des Dieux. 
Il a la voix rauque du fumeur, les cheveux légèrement grisonnant bouclant sur la nuque que je mordille avec fougue , les joues mal rasées qui me picotent délicieusement entre les cuisses, sa langue est dure comme une queue, elle me lèche, me mordille, m’embrasse, me pénètre avec passion, son torse est un peu poilu, juste ce qu’il faut pour emprisonner sa sueur que je lèche avec gourmandise, ses mains sont assez larges pour englober mes fesses et les presser, les siennes sont musclées et sa queue est dure et chaude. Vivante. 
Il a toujours le même visage, le même corps, et pourtant reste toujours indéfini. Et notre rencontre sans cesse recommencée, dans des lieux différents: Médiathèque, bar, parc.
J’ai trouvé l’amant qui désire follement et prend avec une incroyable violente douceur, j’ai trouvé l’amant qui fait hurler, qui comble.
J’ai trouvé l’amant dans les profondeurs de mes fantasmes.
C’est décidé, nous resterons ensemble le temps qu’il faudra...
Tant que je le déciderai, tant que mon corps insatiable et mon esprit érotisé en auront besoin.
Il ne me quittera pas, il ne vieillira pas, il ne mourra pas. 
Et il me fera toujours jouir. 

Puisqu’IL n’existe pas...
Mon amant virtuel et onirique.

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