LINGERIE - SEXUALITE - AGE - MATERNITE

Et si nos dessous étaient un indicateur subtil révélant où nous en sommes avec notre féminité, notre corps, notre vie intime ? La preuve en quatre témoignages, décryptés par la psychanalyste Isabel Korolitski.


Sommaire
·         Lingerie et sexualité
·         Lingerie et réparation narcissique
·         Lingerie et âge
·         Lingerie et maternité

C’est le premier vêtement que l’on enfile et le dernier que l’on enlève. Ces quelques centimètres carrés de tissu en disent long sur la relation à notre corps, notre confiance en nous, notre sexualité et notre histoire. « On peut considérer la lingerie comme un baromètre qui nous indiquerait, à un moment donné, où nous en sommes avec notre psychisme, notre intimité et l’image que l’on a de soi », affirme la psychanalyste Isabel Korolitski. Nos dessous nous reconnectent à des choses très fines de l’enfance, souvent inconscientes. Ils racontent les transmissions de la lignée de nos mères, disent notre relation à la féminité, à la maternité et à la sexualité. Baromètre de l’intime, ils en sont aussi des marqueurs temporels et symboliques : grossesse, règles, perte ou prise de poids, ils épousent et accompagnent les fluctuations de notre corps et de nos humeurs.
Mais gare aux interprétations rapides au premier degré. « Certains sous-vêtements très sexy peuvent masquer une absence de sexualité, tout comme une lingerie apparemment fonctionnelle, basique, peut exprimer de la confiance en soi et une sexualité épanouie, poursuit la psychanalyste. Tout dépend du sens qu’on leur donne, de l’état d’esprit dans lequel on choisit et porte ses dessous. » Certains jours, comme à certains moments de la vie, ils peuvent avoir une fonction narcissique compensatoire ou réparatrice, d’autres fois, ils sont simplement fonctionnels, agréables ou sexy. Question d’humeur et de disponibilité.

Lingerie et sexualité

"Dessous et dehors doivent être raccord", Anne-Laure, 34 ans
« J’ai deux tiroirs de lingerie, l’un réservé aux basiques du blanc et du noir, et l’autre qui regorge de modèles qui vont du tanga rose fuchsia au corset nude, sans oublier de très jolis ensembles griffés à pois, fleuris ou unis. C’est un peu mon tiroir à déguisements. En fait, je mets des dessous basiques quand j’ai mes règles ou que je suis dans des périodes très speed professionnellement, mais dès que j’ai davantage de temps pour faire attention à moi, je change de tiroir et je joue avec les différentes pièces. Je ne pourrais jamais mettre n’importe quoi comme dessous, surtout pas du dépareillé moche ou des dessous à l’étoffe relâchée, j’aurais l’impression de tromper mon monde, fraîche dehors et souillon dessous. »
La lingerie parle de notre sexualité. Ou, plus exactement, elle sert aussi à exprimer notre disponibilité sexuelle, notre désir. Elle dit les moments d’ouverture à l’autre et ceux de repli sur soi. Le témoignage d’Anne-Laure traduit bien ce double mouvement : le tiroir qui contient des basiques est destiné au fonctionnel, l’autre à la séduction, au désir. Cette séparation physique des dessous semble exprimer une volonté de contrôle sur la sexualité, un désir de toute-puissance dans le besoin de maîtriser la pulsion sexuelle. Cela s’entend aussi lorsque Anne-Laure dit que jamais elle ne pourrait porter du dépareillé ou du « moche », aucun dessous qui traduirait l’imperfection, et qui échapperait à son contrôle et à l’image qu’elle veut donner d’elle-même jusque dans l’intimité. Les dessous non assortis ou « moches » sont associés à la saleté ; elle emploie le mot « souillon ». Le corps doit être irréprochable, habillé ou nu, il doit garder sa fraîcheur, sa « présentabilité ». Pour évoquer sa jolie lingerie, elle parle d’ailleurs de « déguisements », associant ainsi sexualité et jeu de rôle ; il ne s’agit pas de s’abandonner au désir mais de le garder sous contrôle.

Lingerie et réparation narcissique

"Des ensembles pour m'approprier mon nouveau corps", Laure, 29 ans
« Il y a trois ans, j’avais vingt-cinq kilos de plus. Je me cachais, je me détestais, et je portais des culottes gaines que je commandais sur Internet, car j’avais honte de passer à la caisse avec ces horreurs. Quand j’ai enfin atteint le poids que je m’étais fixé avec mon médecin, je me suis offert une petite folie  : une série d’ensembles soutien-gorge et culotte tout fins en soie, achetés sur l'e-boutique Secret de Dame. Je ne l’ai pas réalisé tout de suite, mais le fait de tenir dans les mains cette petite culotte et ce petit soutien-gorge puis de les enfiler m’a aidée à intégrer l’idée de mon nouveau corps. Pendant six mois au moins, j’ai pratiqué ce rituel et je me suis habillée devant un miroir en pied. C’est vraiment en manipulant mes dessous et en me regardant les porter que je me suis approprié mon corps. Depuis, c’est mon plaisir, une belle lingerie sous mon uniforme habituel, jean et chemise ! »
La lingerie peut aussi avoir une fonction de réparation narcissique. C’est le cas pour Laure, qui, par le truchement de sa nouvelle lingerie, prend conscience qu’elle n’a plus aujourd’hui ce physique qui la faisait souffrir et qu’elle détestait. Face au miroir et en manipulant ces dessous qui, hier encore, étaient faits pour des silhouettes désirables, elle prend plaisir, comme une petite fille, à habiller ce corps changé qui devient son propre objet de plaisir. Elle le pare de jolies pièces comme pour le récompenser et se récompenser d’avoir pu en finir avec l’ancien. Grâce à cette lingerie, elle peut à nouveau, peut-être pour la première fois, se regarder avec plaisir, peut-être même avec amour. Elle a gardé son « uniforme habituel », jean et chemise, mais, sous l’uniforme, une évolution majeure est en route. Elle commence à se regarder comme une femme séduisante et peut dès lors s’autoriser à plaire, ce que son surpoids, croyait-elle, lui interdisait. La lingerie lui sert de transition pour devenir, à ses yeux, femme désirable et désirante. Elle se réapproprie son corps, étape indispensable pour rencontrer celui de l’autre.

Lingerie et âge

"Des basiques lingerie qui correspondent à une nouvelle étape", Maria Lisa, 54 ans

« Depuis la ménopause, j’ai pris beaucoup du ventre et je vois bien que ma peau s’est distendue. Je n’ai jamais été folle de lingerie, mais, depuis que mon corps a changé, au lieu de compenser avec des jolis dessous, c’est l’inverse, je n’en porte plus que des noirs, des culottes gainantes et des soutiens-gorge sans chichis. Mon mari m’en a fait la remarque dernièrement, il a dit que je pourrais porter des sous-vêtements moins “sévères”. J’ai fait l’effort d’acheter une sorte de tanga et un soutien-gorge en dentelle lavande, mais je n’étais pas à l’aise ; j’ai l’impression que la lingerie féminine et coquette accentue le manque de fraîcheur et les imperfections du corps. Le changement de style de mes dessous a vraiment marqué un tournant. C’est comme si, quelque part, je disais adieu à mon corps d’avant, à la jeunesse. »
La lingerie peut être un marqueur du temps. La ménopause est un cap symbolique et physiologique important dans la vie d’une femme. Elle marque la fin de la fécondité, mais nombreuses sont celles qui la vivent encore comme la fin de la féminité et, au fond, de la vie tout court. Comme si seule la jeunesse du corps pouvait ouvrir des droits au désir et au plaisir. Maria Lisa est dans le deuil de sa silhouette passée, elle envisage le nouveau cycle de sa vie de femme comme celui du renoncement. De la dentelle et de la fantaisie pour les femmes qui veulent séduire, de la lingerie fonctionnelle pour celles qui pensent en avoir fini avec le désir. Elle porte donc désormais des basiques, que son mari trouve « sévères ». Sévères comme un refus, comme une punition… Et c’est sans doute bien de cela qu’il est question : ne se trouvant plus désirable, Maria Lisa interdit à l’autre de la désirer. Sa lingerie symbolise ce double refus. En réalité, il ne s’agit pas de changer de lingerie pour changer de position, mais de se questionner sur sa croyance initiale : seule la jeunesse est désirable. C’est en la renversant, en s’accordant le droit à la sensualité, que Maria Lisa pourra renaître à son désir et accueillir celui de son mari. Quelle que soit la lingerie qu’elle portera.

Lingerie et maternité

!"Lingerie de  couleur pour fêter la fin de la grossesse" Isabelle, 37 ans

« J’ai accouché il y a quatre mois et je revis. Je ne supportais plus de voir mon corps déformé, mes seins énormes, mon ventre distendu, c’était une vraie souffrance de le voir et de devoir porter des dessous fonctionnels. Mon mari avait beau me dire que je n’avais jamais été aussi belle et aussi sensuelle, je ne le croyais pas et, surtout, je ne me plaisais plus du tout. Dès que j’ai retrouvé ma silhouette ou presque, j’ai jeté tous mes anciens dessous et j’ai fait une razzia de boxers en dentelle et de soutiens-gorge tout fins et de toutes les couleurs, moi qui ne portais que du noir. Et depuis quelques semaines, je prends un vrai plaisir à mettre cette lingerie et à me regarder. Chaque matin, c’est une vraie petite fête. »

Les sous-vêtements révèlent aussi notre relation à la maternité. Pendant la grossesse, on peut porter des culottes qui enveloppent le ventre et le mettent en valeur, ou alors des dessous plus séduisants, plus féminins, qui disent l’acceptation de ce nouveau corps, celui d’une mère, mais qui réaffirment également la position de la femme. Assumer simultanément les deux statuts n’est pas aisé pour toutes. Dans le témoignage d’Isabelle, le clivage est net. Pour des raisons qui appartiennent à son histoire personnelle et à son inconscient, elle a vécu son corps de mère dans la douleur, elle le voyait comme une déformation, et même le désir de son mari ne l’aidait pas réellement à l’accepter. Elle avait un besoin vital de retrouver sa silhouette de femme. Les dessous de grossesse qu’elle a jetés témoignent de cette urgence à réinvestir cette identité. C’est à ce prix qu’elle peut jouir pleinement de sa maternité, une fois l’enfant né. C’est d’ailleurs cette double position, enfin sereine, de femme et de mère qu’elle fête en « faisant une razzia » de sous-vêtements de toutes les couleurs, elle qui ne portait que du noir.


Auteur : www.psychologies.com/Auteurs/Mazelin-Salvi-Flavia
 


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