COMPRENEZ VOS FANTASMES

Qu’est le fantasme ? Est-ce un film scandaleux auquel on pense pendant l’amour ? Une pensée fantaisise et sensuelle de couple complice? Une simple envie un peu hors norme ? Ou un désir inconscient? Un fantasme, c’est un peu tout ça, et pas seulement…


Il y a fantasme et fantasme. Le mot, d’ailleurs, qui s’est longtemps orthographié seulement «phantasme», n’a pas toujours eu le petit côté folichon qu’il a pris avec le temps. A l’origine, tout droit sorti du «phantasma» grec, il s’agit d’une vision, d’un fantôme… Puis la médecine s’en empare pour désigner une hallucination. Et c’est à la psychanalyse que nous devons l’origine du sens actuel, mi-rêve, mi-désir, mi-inconscient, mi-imaginaire… Avant Freud, point de «fantasme». C’est le père de la psychanalyse qui découvre en même temps, à l’aube du XXe siècle, le fantasme et l’inconscient, clé de voûte de toute sa théorie.
«Lorsque Freud commence à écouter parler ses patientes, et qu’il découvre le complexe d’Œdipe, il pense que celles-ci ont subi un véritable trauma. Qu’effectivement elles ont été séduites ou violées par le père, l’oncle ou un autre homme de la famille», résume la psychanalyste Catherine Mathelin. Ce n’est qu’au terme d’années d’observation que Freud en vient à la conclusion que si le complexe d’Œdipe touche certainement tout le monde, la scène traumatique originelle peut être aussi du registre de l’imaginaire. Un «fantasme», quelque chose de l’ordre de la «réalité psychique», qui peut marquer toute une vie aussi fort que la réalité vraie, celle de l’histoire… «Nous pouvons être menés aussi bien par ce que l’on se fabrique dans la tête que par ce qui s’est réellement passé, voilà ce que comprend Freud, poursuit la psychanalyste. La notion de fantasme naît à ce mo­ment essentiel où Freud renonce à sa théorie du traumatisme.»
Oui, elle a déjà «à voir avec le désir», mais c’est à force de déviations et d’interprétations que le fantasme est devenu ce héros de l’imaginaire que nous connaissons aujourd’hui. Venant à la rescousse quand le réel ne suffit pas. On a désormais le fantasme d’être président de la République ou de se faire sauvagement dévorer par Brad Pitt… Dans tous les cas, il s’agit d’une envie un peu impossible, difficile à réaliser, parfois interdite, et qui d’ailleurs peut se suffire d’être envie. Pour donner envie. C’est particulièrement clair dans le domaine du sexe où le terme a toujours un petit côté sulfureux, clandestin… Le fantasme, c’est souvent ce que l’on rêve de faire mais que l’on n’ose pas, ce que l’on ferait bien, mais qui ne se fait pas.
Faire l’amour dans l’avion, s’ébattre en pleine nature, se faire attacher, fesser, violer, déshabiller un ecclésiastique, porter des vêtements et sous-vêtements en cuir, latex, pvc… Chacun(e) les siens, selon son seuil de tolérance, son propre sens de l’interdit, du choquant. Question d’éducation, sans doute et de vécu personnel. «Les fantasmes sexuels se forment avec tous les matériaux qu’on donne à un enfant entre 3 et 7 ans, explique Didier Dumas. Des paroles, des gestes, des images.»
Choses vues, entrevues… Selon ce psychanalyste, initié à la médecine chinoise, notamment à l’acupuncture, notre système de représentation est constitué de trois peaux. Une «peau de sensations», la plus ancienne, qui nous relie à l’interne, la «peau langagière», la plus extérieure, qui «régit les rapports que nous entretenons avec les autres et se construit plus tard, lorsque l’enfant se met à parler, vers deux ou trois ans.» Entre les deux se situe notre «peau d’images», les images mentales faisant en quelque sorte relais quand on n’a pas les mots. Là se situerait, selon Didier Dumas, l’origine de nos fantasmes. Pas tant à partir des mots perçus que de ceux qui nous ont fait défaut.
DES QUESTIONS EN SUSPENS
«Tout se passe à partir de 3-4 ans, explique-t-il, au moment où l’enfant ne cesse de questionner. “Qu’est-ce que c’est ?” Là où les parents ne savent pas répondre, notamment dans notre culture, en ce qui concerne la mort et la sexualité, se créent des images en suspens, des images qui bougent, et donnent ces scénarios que sont les fantasmes sexuels.» L’hypothèse est séduisante. Ce qui saute aux yeux, en tout cas, à observer certains fantasmes, c’est leur lien, même confus, avec le temps de l’enfance. «Je ne sais pas s’il s’agit de fantasme, remarque Inès,43 ans, mariée, deux enfants, mais à deux reprises dans ma vie, j’ai vécu des histoires sexuelles “extra-ordinaires” qui, au fond, se ressem­blent beaucoup.
Les deux fois, il s’agissait d’un inconnu, quelqu’un qui ne savait rien de moi, de mon histoire, de mon métier, de mon comportement habituel… Avec eux, j’étais juste une femme qui leur inspirait du désir. Ils étaient aussi d’un univers socioculturel très éloigné du mien. Le se­cond, je me souviens, était livreur de meubles, musclé, sauvage. Un peu une caricature de fantasme. Mais pour moi, il évoque surtout l’image de mon père, un mec à la Gabin, simple, entier, sans la féminité des hommes que je fréquente depuis. Un peu brut de décoffrage… Et le côté bourgeoise qui se fait bousculer par quelqu’un de plus rugueux me renvoie directement au couple de mon père et ma mère, elle venant de la bourgeoisie intellectuelle et lui d’une famille de cheminots… Quand je pense à eux, jeunes, je les revois dans la voiture, sa main à lui, solide, rugueuse, sur sa cuisse à elle, blanche, délicate. Sans doute qu’à ce moment-là, j’avais envie d’être à sa place à elle…»
Il faut souvent un temps de recul, parfois des épisodes «récurrents», pour entrevoir ces étranges désirs qui nous animent, nous attirent vers un homme plutôt qu’un autre, vers tel type de scénario plutôt que tel autre. Et certain(e)s sans doute n’accèdent jamais à ces informations, fermées à double tour dans l’inconscient par tout un système raffiné de «défenses». Une manière de se protéger de soi-même. D’autres ont bien conscience du mécanisme interne, mais le ju­gent à ce point inavouable, incompréhensible, qu’elles le planquent comme une tare de fonctionnement. «Le fantasme, c’est ce que l’on ne raconte pas, déclare Alice, 37 ans, célibataire aventurière. Même à sa meilleure amie. Pour moi, ce sont des bribes de films, des images totalement incontrôlées qui me viennent à l’esprit au moment de jouir. J’avoue que ce sont des images tellement étranges, tellement décalées, pas sexuelles du tout, plutôt morbides… que j’ai un mal fou à en parler. Peut-être que je ne suis pas normale…»
Suis-je bien normale ? La question est fréquente, dès qu’on aborde le sujet. Or, c’est sans doute le domaine où la notion de normalité est la plus déplacée. Chacun son style de fantasme, et chacun sa manière de s’en servir. Il semblerait bien qu’il y ait des archétypes (fantasme de l’homme-corps, type amant de Lady Chatterley, qui vous révèle à vous-même hors contexte social, fantasme de prostitution, d’homosexualité, de triolisme, ou encore de viol, d’inceste…).
Il y a également des modes, des tendances culturelles. Par exemple, la grande vogue de la domination, ces dernières années, qui peut faire écho, quand il s’agit de dominées, à la vogue sociale des femmes dirigeantes. Comme l’explique le «Dictionnaire des fantasmes et des perversions», «il peut s’agir alors d’un fantasme de compensation. (…) Ces dirigeantes équilibrent le poids de la situation trop nouvelle et trop éloignée du rôle que leur éducation et la tradition voulaient leur réserver par des rêveries dans lesquelles elles deviennent esclaves.»
EN AVOIR… OU NE PAS EN AVOIR
Des modes donc, des fantasmes collectifs, oui. Mais de normes, certainement pas. On a même le droit de ne pas avoir de fantasme du tout.
«Il n’est pas anormal de ne pas fantasmer, affirme Philippe Brenot, psychiatre et thérapeute de couples. Dans une société qui n’arrête pas d’en parler, certaines en viennent à en douter. Qu’elles se rassurent. La plupart des gens n’en ont pas. Le fantasme, c’est comme le rêve. Rares en fait sont ceux qui peuvent en rapporter un récit.»
D’aucuns affirment, comme pour le rêve, que c’est juste une question de conscience. De même que nous rêvons tous sans toujours nous souvenir de nos rêves, nous fantasmerions tous. Mais sans le savoir. Possible. «Ce que les gens baptisent fantasmes ne sont la plupart du temps que de simples envies, poursuit Philippe Brenot. Des fantaisies que l’esprit imagine, souvent des désirs interdits qui entretiennent la libido…» C’est d’ailleurs tout ce qu’on leur demande. «Authentiques» ou pas, conscients ou non, les fantasmes n’ont d’autre vocation que de faire flamber la libido.
«Ils sont là pour rappeler la sexualité à l’individu», résume Didier Dumas. Nous ne sommes pas que de simples machines à hormones. La source de nos désirs, le moteur de nos pulsions les plus charnelles est sans doute situé dans notre moi le plus impalpable. «Si je rêve avec beaucoup de culpabilité d’une partouze géante que je ne ferai jamais, cela permet d’entretenir mon énergie libidinale, remarque Philippe Brenot. Rêver d’amour à trois, de se faire menotter, les yeux bandés, imaginer que l’on fait l’amour avec quelqu’un d’autre quand on est dans les bras de son conjoint… Où est le problème, si cela suffit à aiguiser le désir du couple ?»
Quoi de plus fragile, en effet, quoi de plus menacé par le temps que cette mystérieuse et capricieuse petite flamme entre deux êtres. Quoi de plus radical que la fantaisie érotique pour l’attiser…
«Pas besoin de réaliser ces fantasmes, d’ailleurs, note Philippe Brenot. Ce n’est pas de leur réalisation que dépend l’épanouissement. Aujourd’hui, on a tendance à vouloir tout réaliser. La limite de la sexualité, c’est qu’elle se vit à deux. Pour soi-disant réaliser son fantasme, l’un des deux peut être amené à contraindre l’autre. Or, il n’y a jamais aucune raison de contraindre quiconque dans le domaine de la sexualité.»
GARDER L’ENVIE DE JOUER
Mais il y a également des fantasmes-fantaisies qui sont faits pour deux. A jouer en duo, en toute complicité. Même si c’est bien souvent dans ce schéma l’un des deux qui entraîne l’autre. «Mon histoire avec Eric est née sur un jeu érotique, raconte Anouk, 41 ans, deux enfants (d’un précédent mariage). Je sentais qu’il avait du mal à se décider, qu’il mettait trop d’amour dans le truc. L’idée m’est venue pour me marrer, je ne pensais pas qu’il allait embrayer. J’ai joué la pute de luxe, en lui envoyant un fax avec mon numéro de téléphone.
Il a répondu illico et j’ai enchaîné par un coup de fil, très froide, en le vouvoyant: quel était son genre de nanas, ses préférences sexuelles… Il avait l’air intimidé par les questions, mais jouait le jeu. Il a même négocié le prix en prétextant qu’il préparerait un dîner! Je me suis donc pointée chez lui habillée en Mireille Darc, combinette en mousseline noire  et chaussures à talons hauts. Lui avait appelé Allô Couscous pour cause de bras dans le plâtre… A aucun moment de la soirée, je n’ai cessé de jouer, lui non plus. C’était plutôt compliqué avec son bras plâtré, mais tout a été parfait. Il a juste eu l’air surpris quand j’ai dit qu’il fallait que je parte, mais a glissé les billets sur le frigidaire, et je les ai pris.»
Depuis près de dix ans que ça dure, Anouk n’a jamais cessé d’inventer des scénarios pour Eric. Son plus croustillant, c’est sans doute lorsqu’elle l’a attendu à l’aéro­port, en espionne russe, une pancarte à la main, comme si elle venait chercher un personnage officiel. Toute la soirée, elle a parlé anglais en roulant les «r», derrière ses grandes lunettes noires, commandé plusieurs douzaines d’huîtres au restaurant. Et tout organisé pour lui, ravi de se laisser faire…
«Ça pétillait, se souvient Anouk. J’adore surprendre Eric, mener le jeu… Lui est très fier quand je lui fais des trucs comme ça, après il les raconte à tout le monde. Nous sommes deux timides mais, derrière des personnages, on peut tout se permettre. Ce qui est très excitant, c’est de rejouer une première fois: et si on ne se connaissait pas… Et aussi pour moi d’être un peu en situation de voyeuse. Comment lui se comporterait-il avec une autre. J’entrouvre un peu le rideau.»
Fantaisie ou jeu érotique, ldésir ne demande que ça. Il s’en nourrit, s’en délecte. «L’imagination est importante en amour, confirme Philippe Brenot. Le désir s’épuise sans renouvellement des situations. Au sens très large, le fantasme est une fantaisie érotique, une façon d’agrémenter l’amour. Un piment, un moteur excellent pour produire du changement.» Cultivons donc notre imaginaire. Tant que nous reste l’envie de jouer, nous continuerons à faire l’amour en apesanteur.

Article redigé par MARIE-CLAUDE TREGLIA  (Marie-claire)
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